À seulement 25 jours de la fin théorique de son mandat, le Conseil Présidentiel de Transition chacun a son tour (CPT) offre au monde le spectacle désolant d’une institution en pleine décomposition. Alors que la population sombre sous le joug des gangs, les conseillers présidentiels semblent plus occupés à s’entredéchirer pour les restes du pouvoir qu’à remplir leur mission de salut public.
L’heure est aux règlements de comptes. Vendredi dernier, lors d’une rencontre avec des patrons de médias, le président du CPT, Laurent Saint-Cyr, a lâché une bombe : il confirme qu’un coup d’État interne était bel et bien en préparation pour l’évincer. Ces révélations ne sont pas seulement une énième péripétie politique ; elles sont la preuve irréfutable que le CPT est devenu un champ de bataille pour des ambitions personnelles dévorantes.
Mensonges et corruption au sommet
Cette sortie de Saint-Cyr sonne comme une gifle cinglante pour Smith Augustin. Ce conseiller, déjà lourdement discrédité par son inculpation dans des dossiers de corruption (affaire BNC), s’était évertué à nier tout complot sur les ondes de Radio Métropole. Le mensonge est désormais exposé au grand jour, révélant un exécutif où la parole n’a plus aucune valeur.
Pire encore, c’est l’intervention de diplomates étrangers, notamment américains et canadiens, qui aurait permis de déjouer cette basse manœuvre. Que les rênes du pays soient ainsi tenues par des ambassades pour empêcher des conseillers de se « poignarder dans le dos » en dit long sur la nullité de ces dirigeants, incapables de maintenir une cohésion minimale sans surveillance internationale.
Un bilan catastrophique : le peuple sacrifié
Pendant que ces « messieurs du Palais » jouent aux chaises musicales, le pays se meurt. Le mandat du CPT, qui devait ramener la sécurité et organiser des élections, se termine dans un échec total :
- Sécurité : Les gangs contrôlent toujours plus de 80 % de la capitale. La Mission Multinationale (MMAS) piétine, faute de leadership haïtien capable de coordonner une réponse nationale sérieuse.
- Élections : À 25 jours de l’échéance du 7 février, aucun calendrier électoral crédible n’est sur la table. Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) est une coquille vide, paralysé par les indécisions d’un CPT moribond.
- Économie : La famine menace près de la moitié de la population, tandis que les ressources de l’État sont siphonnées par des scandales de corruption à répétition.
Le compte à rebours de la honte
À l’approche du 7 février 2026, l’angoisse grandit. Le CPT a prouvé qu’il n’était pas la solution, mais une partie centrale du problème. En privilégiant les intrigues de couloir et la protection de leurs privilèges sur l’urgence humanitaire, ses membres ont trahi l’esprit de l’Accord du 3 avril.
La question n’est plus de savoir si le CPT va réussir — le verdict de l’histoire est déjà tombé — mais comment Haïti pourra survivre à la vacance de pouvoir qui s’annonce, après des mois de temps perdu par une équipe dont la seule compétence aura été de s’accrocher à son fauteuil.
Emmanuel Hubert.
Echojounal echojounal.net