« Faire front commun ». L’expression n’est pas galvaudée. En s’exprimant samedi dernier au micro de « Panel Magik », Jacques Sampeur, patron de Radio Antilles et figure tutélaire de la presse haïtienne, a mis des mots sur l’indignation d’une profession : le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) chacun a son tour tente d’assassiner la liberté d’expression avant de s’en aller.
Il y a une forme de cynisme tragique dans la démarche du CPT. Alors que le mandat de cette structure hybride arrive à son terme dans quelques jours, avec pour seul héritage un pays livré aux gangs et une économie à l’agonie, ses membres ont choisi de consacrer leurs dernières forces à une « loi bâillon ». Le décret du 18 décembre 2025, sous couvert d’encadrement, est en réalité une guillotine suspendue au-dessus de chaque micro, de chaque plume, de chaque clavier.
Jacques Sampeur a vu juste : ce décret ne vise pas à réguler, il vise à museler. Comment un pouvoir dont le bilan est jugé « nul et catastrophique » par la majorité des observateurs peut-il s’arroger le droit de définir ce qui est une « diffamation » ou une « atteinte aux symboles » ?
Lorsque l’on a été incapable de sécuriser un kilomètre de route nationale ou de tenir la promesse d’élections, on n’a aucune légitimité morale pour envoyer des journalistes en prison pour « offense aux emblèmes ». La seule offense que subit la nation haïtienne aujourd’hui, c’est l’immobilisme d’un Conseil qui, après avoir échoué sur tous les fronts régaliens, se découvre une vocation de censeur.
Un Front Commun pour la survie démocratique
L’appel de Sampeur est un cri de ralliement. Le secteur médiatique haïtien sait, par expérience historique, que la liberté de la presse est le premier rempart qui tombe avant la dictature. En durcissant les peines de prison pour les délits de presse, le CPT tourne le dos aux principes démocratiques les plus élémentaires.
Les journalistes ne demandent pas l’impunité, ils exigent la liberté. Ils refusent que le droit à l’information soit sacrifié sur l’autel de la survie politique de quelques conseillers en quête d’immunité. Comme l’a souligné le Committee to Protect Journalists (CPJ), ce texte est une menace directe pour le droit du public à savoir.
Le CPT quittera bientôt le Palais, mais il semble vouloir laisser derrière lui un champ de mines juridique pour ses successeurs et pour la société civile. Jacques Sampeur a raison : l’heure n’est plus aux négociations de couloirs, mais à la résistance unie.
Si ce décret n’est pas retiré, le Conseil Présidentiel de Transition chacun a son tour ne sera pas seulement retenu comme celui qui n’a rien fait, mais comme celui qui a tenté de voler aux Haïtiens leur dernier bien précieux : leur parole. La presse haïtienne a survécu aux Duvalier, elle ne se laissera pas enterrer par un décret de fin de règne.
« On veut nous faire peur, mais c’est eux qui craignent la vérité. » — Un sentiment partagé dans les rédactions de Port-au-Prince.
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