La santé bucco-dentaire ne se limite pas aux caries ou aux gencives. Parfois, elle est le miroir de notre état psychologique à travers des comportements répétitifs et inconscients. Parmi eux, la chéilophagie — du grec cheilos (lèvre) et phagein (manger) — est une pathologie souvent sous-estimée qui peut entraîner des complications réelles.
La chéilophagie est un trouble du comportement caractérisé par l’habitude compulsive de se mordiller, de sucer ou de mastiquer ses propres lèvres, le plus souvent la lèvre inférieure. Classée parmi les Comportements Répétitifs Centrés sur le Corps (CRCC), au même titre que l’onychophagie (se ronger les ongles), elle survient généralement de manière involontaire lors de moments de concentration intense, de stress ou d’ennui.
Les causes : Entre anxiété et habitude
Les facteurs déclenchants de la chéilophagie sont multiples, mais ils s’articulent principalement autour de deux axes :
Facteurs psychologiques : Le stress, l’anxiété chronique et la nervosité sont les principaux moteurs. Le mordillement agit comme une soupape de sécurité pour évacuer une tension interne.
- Facteurs physiologiques ou dentaires : Un mauvais alignement des dents (malocclusion) peut faciliter le contact entre les incisives et les lèvres, incitant ainsi au mordillement. Parfois, une simple lèvre gercée dont on veut « retirer » les petites peaux mortes peut devenir le point de départ d’un cycle compulsif.
Conséquences : Plus qu’un simple défaut esthétique
Si le geste semble anodin, sa répétition peut causer des dommages significatifs sur le long terme :
Lésions cutanées : Apparition de plaies, de rougeurs, de gonflements et de desquamation chronique.
Infections : Les plaies ouvertes sont des portes d’entrée pour les bactéries et les virus (comme l’herpès labial).
Mucochèles : Ce sont de petits kystes bénins qui se forment lorsque les glandes salivaires mineures de la lèvre sont endommagées par les morsures répétées.
Impact dentaire : Dans les cas sévères chez l’enfant, cela peut influencer la position des dents ou provoquer une usure prématurée de l’émail des incisives.
Traitements et solutions
Sortir de la chéilophagie demande une approche multidimensionnelle, car il faut traiter à la fois le symptôme et la cause.
1. L’approche comportementale
La Thérapie Cognitivo-Comportementale (TCC) est l’outil le plus efficace. Elle aide le patient à identifier les situations « déclenchantes » et à remplacer le mordillement par une action de substitution (comme mâcher un chewing-gum sans sucre ou pratiquer une respiration profonde).
2. Les soins locaux
Maintenir les lèvres parfaitement hydratées avec des baumes réparateurs est essentiel. Des lèvres lisses offrent moins de « prise » et de tentation de mordiller les irrégularités cutanées. Dans certains cas, l’utilisation de produits au goût amer peut servir de rappel à l’ordre.
3. L’intervention dentaire
Si une malocclusion est en cause, un orthodontiste peut proposer un appareil de protection ou un alignement dentaire pour limiter physiquement l’accès des dents aux lèvres.
La chéilophagie n’est pas une fatalité. Si vous constatez que ce tic interfère avec votre qualité de vie ou provoque des douleurs chroniques, une consultation chez un dentiste ou un dermatologue est la première étape vers la guérison.
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