Deux mondes sur une même terre : Le train du progrès face au surplace haïtien

Pendant que les rubans tricolores sont coupés à Saint-Domingue pour célébrer l’inauguration de la Ligne 2C du métro, de l’autre côté de la frontière, le silence des chantiers haïtiens n’est rompu que par le bruit des armes et les murmures de négociations politiques stériles. Ce mardi 24 février 2026, la République dominicaine a franchi un nouveau cap vers la modernité. En Haïti, nous avons franchi un nouveau cap vers l’absurde.

​Le contraste est brutal. À l’Est, une extension de 7,3 kilomètres, cinq stations et un gain de deux heures quotidiennes pour un million de citoyens. À l’Ouest, des kilomètres de « protocoles d’accord », de « consensus » et de « transitions » qui ne débouchent que sur un vide institutionnel abyssal.

​Là où le gouvernement dominicain investit dans le béton et l’acier pour fluidifier la vie de ses ouvriers, la classe politique haïtienne semble ne savoir investir que dans le papier : des accords paraphés en grande pompe, dont l’encre ne sert qu’à garantir des postes, des privilèges et une immunité de façade.

​Le secteur privé : Entre prédation et complicité

​Mais les politiciens ne sont pas les seuls architectes de ce marasme. Si la classe politique haïtienne excelle dans l’art de la trahison nationale pour des intérêts personnels, une partie du secteur privé local joue une partition tout aussi sombre.

​Alors qu’en République dominicaine, les infrastructures de transport stimulent l’économie globale, en Haïti, une certaine élite économique semble s’accommoder du chaos. Pourquoi construire des routes ou des rails quand on peut prospérer sur la rareté ? Pourquoi exiger un État fort quand l’absence de régulation permet de maintenir des monopoles archaïques et de s’enrichir sur le dos d’une population prise en otage ? Le chaos n’est pas un accident pour tout le monde ; pour certains, c’est un business model lucratif.

​Le prix de l’indifférence

​Le résultat de cette alliance toxique entre une politique de « chaises musicales » et une économie de comptoir est sans appel : le temps. À Saint-Domingue, on gagne deux heures de vie par jour. À Port-au-Prince, on perd des décennies. La Ligne 2C n’est pas qu’une prouesse technique, c’est un miroir tendu à notre propre déchéance. Elle nous rappelle que le sous-développement n’est pas une fatalité géographique, mais un choix politique et économique.

​Tant que les accords ne seront que des contrats de partage de gâteau entre « amis » et que le secteur privé ne verra pas au-delà de ses profits immédiats, Haïti restera sur le quai, regardant passer le train de l’histoire.

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