À quelques jours seulement de l’échéance constitutionnelle du 7 février 2026, Haïti s’enfonce dans une nouvelle zone de turbulences institutionnelles. Le Conseil Présidentiel de Transition chacun a son tour (CPT), censé piloter le pays vers des élections, est aujourd’hui le théâtre d’une guerre ouverte. Au centre de ce conflit : le sort du Premier ministre de facto, Alix Didier Fils-Aimé, dont la tête est réclamée par une majorité de conseillers-présidents.
Le Canada et les États-Unis : Les remparts de la Primature
Le soutien international à Alix Didier Fils-Aimé ne s’est pas fait attendre, mais il a pris une tournure inhabituellement sévère. Après les États-Unis, qui ont été les premiers à brandir la menace de sanctions, le Canada a durci le ton. Ottawa ne se contente plus de « préoccupations » ; le gouvernement de Justin Trudeau menace désormais de sanctionner directement tout acteur compromettant la stabilité du pays.
Pour la communauté internationale, le Premier ministre représente la continuité administrative nécessaire à la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS). Le remplacer maintenant, c’est, selon Ottawa, « offrir un cadeau aux gangs » en décapitant l’exécutif au pire moment possible.
L’offensive des « Cinq » : La stratégie du tout pour le tout
Face à ce bloc international, un groupe de cinq conseillers au sein du CPT a décidé de passer à l’offensive. Malgré les pressions diplomatiques et les menaces sur leurs visas, ces membres maintiennent leur volonté de révoquer Fils-Aimé.
Leur argumentaire est double :
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- L’échec sécuritaire : Ils accusent le Premier ministre d’avoir échoué à reprendre le contrôle des territoires perdus.
- L’ultimatum : Les cinq conseillers menacent de destituer officiellement le chef du gouvernement s’il refuse de démissionner volontairement ou de signer des décrets qu’ils jugent essentiels avant la fin de leur propre mandat.
« C’est un suicide politique ou un acte de résistance ultime », analyse un diplomate en poste à Port-au-Prince. « Ils savent que leur mandat expire et ils veulent placer leurs pions avant de partir, quel qu’en soit le prix. »
Qui va gagner cette bataille ?
La réponse dépend de l’équilibre entre la légitimité interne et la force de frappe diplomatique.
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- L’atout de Fils-Aimé : Il dispose du coffre-fort (le budget) et du soutien des puissances occidentales. Sans la reconnaissance du Canada et des États-Unis, tout successeur nommé par le CPT serait « mort-né » sur la scène internationale, incapable de financer la police ou de recevoir l’aide étrangère.
- L’atout des Cinq : Ils détiennent le sceau officiel du CPT. Juridiquement, le CPT a le pouvoir de nommer et, selon leur interprétation, de renvoyer le Premier ministre. En forçant la destitution, ils créent un fait accompli que la communauté internationale pourrait être obligée d’accepter pour éviter un blocage total.
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Cependant, avec les menaces de sanctions qui pèsent sur leurs avoirs et leurs familles, la détermination des conseillers pourrait s’effriter. La « victoire » risque d’être amère : soit un Premier ministre maintenu mais totalement paralysé par son propre Conseil, soit un nouveau Premier ministre isolé du reste du monde.
Echojounal echojounal.net