Haïti/ONU : Un an de plus pour le BINUH, mais pour quels résultats ?

​Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté, ce jeudi, la prorogation du mandat du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) jusqu’en 2027. Si la communauté internationale se félicite de cette « unanimité », sur le terrain, ce renouvellement sonne pour beaucoup comme l’aveu d’un échec chronique et d’une bureaucratie déconnectée des réalités sanglantes du pays.

​Depuis sa création en 2019, le BINUH se targue de fournir des « conseils politiques » et de promouvoir la stabilité. Pourtant, le bilan est glacial. Sous l’œil du Bureau, la capitale Port-au-Prince a sombré à plus de 80 % sous le contrôle des gangs armés. Les rapports onusiens s’empilent, comptabilisant avec une précision macabre les milliers de morts et de viols (plus de 8 000 victimes en 2025), sans que l’influence politique de la mission ne parvienne à infléchir la courbe de la violence.

​La nouvelle résolution insiste lourdement sur la préparation des élections et la fin du Conseil présidentiel de transition (CPT) au 7 février 2026. Mais comment parler de scrutin quand le pays est fragmenté par des lignes de front urbaines ?

  • L’impuissance diplomatique : Le BINUH a assisté, impuissant, aux querelles intestines entre le CPT et les gouvernements successifs, incapable de jouer son rôle de médiateur crédible.
  • La dérive sécuritaire : Alors que la Mission multinationale (MMSS) peine à se déployer faute de financement et de logistique, le BINUH reste cantonné à un rôle de « soutien technique » qui semble bien dérisoire face aux fusils d’assaut des coalisés de Viv Ansanm.

​Pour de nombreux acteurs de la société civile haïtienne, le BINUH incarne une forme de « tutelle passive ». On maintient une structure administrative coûteuse à Port-au-Prince pour justifier une présence internationale, tout en échouant à renforcer l’institution policière et judiciaire de manière durable.

« C’est une diplomatie de constat : l’ONU regarde Haïti mourir et nous envoie des calendriers électoraux en guise de pansement », s’indignent certains observateurs locaux.

​En recentrant le mandat sur la sécurité, l’ONU tente de sauver les meubles. Mais sans une volonté réelle de s’attaquer aux racines du financement des gangs et sans une médiation qui ne soit pas perçue comme une ingérence stérile, cette année supplémentaire risque de n’être qu’un sursis de plus avant le prochain chaos.

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