Depuis le jeudi 25 décembre 2025, un vent de révolte souffle sur le département de l’Artibonite. La Route Nationale #1 (RN1), artère vitale reliant la capitale Port-au-Prince au Cap-Haïtien, est totalement obstruée entre Saint-Marc et l’Estère. Ce blocage, initié en pleine période de fêtes, dénonce l’abandon sécuritaire d’une région prise en étau par les gangs.
Le réveil a été brutal pour les usagers du transport interurbain ce jeudi matin. Des barricades de pneus enflammés, des troncs d’arbres et plusieurs camions de marchandises placés stratégiquement en travers de la chaussée interdisent tout passage. De Saint-Marc à la commune de l’Estère, le trafic est au point mort, laissant des centaines de passagers et de transporteurs dans l’incertitude la plus totale.
À l’origine de ce mouvement, deux structures de la société civile : le KILBA (Komite initiativ pou lapè nan ba Latibonit) et la Kowalisyon revolisyonè pou sove Latibonit. Leurs revendications sont claires : ils exigent des actions concrètes contre le gang « Gran Grif » de Savien, qui multiplie les massacres et les enlèvements dans la région, notamment après les tragédies récentes à Pont-Sondé et Bois Bélanger.
« Nous ne pouvons plus vivre ainsi. Les autorités utilisent l’insécurité à des fins politiques pendant que nos familles se font massacrer », fustige un manifestant sur une barricade près de l’Estère.
L’impact de ce blocage est immédiat et dévastateur. L’Artibonite, considéré comme le grenier à riz d’Haïti, ne peut plus acheminer ses récoltes vers la zone métropolitaine. Inversement, l’approvisionnement du Grand Nord en produits de première nécessité et en carburant est gravement menacé.
Cette paralysie intervient alors que le pays se prépare à commémorer le 224ème anniversaire de l’Indépendance le 1er janvier prochain aux Gonaïves. L’incertitude plane désormais sur la tenue des festivités officielles et sur la capacité des membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) à se rendre dans la Cité de l’Indépendance par la route.
Sur le terrain, malgré une présence policière remarquée à l’entrée de Saint-Marc, aucune intervention majeure n’a été tentée pour dégager la voie publique. Les forces de l’ordre semblent privilégier la prudence face à une population dont la colère est jugée « légitime » par de nombreux observateurs locaux.
Alors que la fin d’année 2025 s’annonce sous haute tension, ce blocage de la RN1 apparaît comme un test crucial pour le gouvernement de transition, pressé de prouver qu’il peut encore garantir la libre circulation sur les axes stratégiques du pays.
Echojounal echojounal.net