25 blindés de plus pour la PNH : Entre perfusion sécuritaire et doutes stratégiques.

‎La Police Nationale d’Haïti (PNH) a réceptionné, ce samedi 27 décembre 2025, un nouveau lot de 25 véhicules blindés de transport de troupes offerts par le Bureau de l’INL du Département d’État américain. Si cette énième livraison est présentée comme une victoire logistique, elle soulève des questions de fond sur une stratégie sécuritaire qui semble s’enfermer dans une logique de « tout-blindé » au détriment d’une vision politique globale.

‎La « diplomatie du métal » face à l’enlisement
‎Depuis plusieurs années, le scénario se répète : des navires accostent au port de Port-au-Prince, déchargeant des monstres d’acier censés « changer la donne ». Pourtant, malgré l’accumulation de matériel roulant, la capitale reste sous l’emprise quasi totale des groupes armés.

‎Cette nouvelle dotation de l’INL interroge sur la pérennité de l’aide américaine. En injectant du matériel sans garantir une maintenance rigoureuse ni une chaîne d’approvisionnement en pièces de rechange, Washington ne fait-il que retarder l’inéluctable ? L’histoire récente de la PNH est parsemée de « cimetières de blindés », ces engins tombés en panne ou incendiés faute d’entretien adéquat.

‎Le blindé, un bouclier ou un cache-misère ?
‎Sur le plan opérationnel, l’efficacité de ces 25 véhicules pose question :

‎ * L’adaptation urbaine : Ces mastodontes sont-ils adaptés aux ruelles étroites de Cité Soleil ou du Bas-Delmas, où les gangs ont perfectionné l’art des tranchées et des obstacles anti-blindés ?

‎ * Le renseignement délaissé : La focalisation sur la force brute occulte souvent le manque criant de moyens technologiques de surveillance (drones, interceptions) et d’infiltration des réseaux criminels.

‎ * La corruption interne : Sans un assainissement profond des rangs de la police, le risque que des informations stratégiques fuitent vers les gangs avant même que ces blindés ne quittent leur base reste entier.


‎Une réponse sécuritaire à une crise politique
‎La réception de ce lot le 27 décembre, en pleine période de fêtes, ressemble à une opération de communication visant à rassurer une population épuisée. Cependant, l’arrivée de ces engins ne saurait occulter l’absence de progrès sur le front politique.

‎ »On donne des fusils et des blindés à des policiers pour qu’ils fassent une guerre que les politiciens ne veulent pas régler », confie un observateur de la société civile. Sans un accord politique inclusif et une véritable réforme de l’État, ces 25 blindés ne seront que des cibles mobiles supplémentaires dans une guerre d’usure dont les civils sont les premières victimes.


‎ L’arrivée de ces 25 blindés est une aide tactique indéniable, mais elle risque de n’être qu’un pansement sur une plaie ouverte si elle n’est pas accompagnée d’une stratégie de reconquête sociale des quartiers et d’un contrôle rigoureux de la provenance des armes qui alimentent les gangs.


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