En un seul message sur Truth Social, Donald Trump a résumé sa vision du monde : un échiquier où les nations ne sont que des pions et où la survie d’un peuple dépend du bon vouloir du « Dealmaker » en chef. Derrière la menace de couper le pétrole à Cuba se cache une arrogance impériale qui piétine les derniers vestiges du droit international.
« Accepter un accord avant qu’il ne soit trop tard. » La phrase, lapidaire, a le goût amer d’une sommation mafieuse. Pour Donald Trump, le monde ne se gouverne pas par des traités ou des sommets, mais par l’asphyxie et l’intimidation. Après avoir orchestré la capture spectaculaire de Nicolás Maduro au Venezuela la semaine dernière, le locataire de la Maison-Blanche tourne désormais son regard vers La Havane avec une suffisance qui frise le mépris souverain.
En affirmant qu’il n’y aura désormais « plus de pétrole ni d’argent » pour l’île, Trump ne se contente pas de modifier une politique étrangère ; il érige le chantage énergétique en doctrine d’État. Fort de son contrôle sur les ressources vénézuéliennes, il traite les flux de brut comme un robinet personnel qu’il peut fermer pour punir ses adversaires idéologiques. Cette « Doctrine Donroe » — ce jeu de mots narcissique sur la doctrine Monroe — n’est rien d’autre que l’expression d’un unilatéralisme décomplexé où la souveraineté des voisins n’existe que si elle s’aligne sur les intérêts de Washington.
L’arrogance atteint son paroxysme lorsque le président suggère, avec une désinvolture déroutante, que son secrétaire d’État Marco Rubio pourrait devenir le futur dirigeant de Cuba. En agitant l’idée d’un « gouverneur » imposé depuis l’extérieur, Trump balaie d’un revers de main l’autodétermination du peuple cubain.
Cette stratégie du chaos organisé repose sur un pari cynique : affamer la population, paralyser les transports et plonger l’île dans le noir pour provoquer un effondrement interne. Trump se rêve en « sauveur » qui arrivera, après la catastrophe humanitaire qu’il aura lui-même orchestrée, pour distribuer des vivres contre une reddition politique totale.
Ce qui est le plus alarmant dans cette énième sortie médiatique, c’est l’absence totale de considération pour les conséquences humaines. Derrière les mots « pétrole » et « argent », il y a des hôpitaux, des écoles et des foyers cubains. En traitant les relations internationales comme une vulgaire négociation immobilière de Manhattan, Donald Trump fragilise un peu plus un ordre mondial déjà chancelant.
La Havane a répondu avec la rhétorique habituelle de la résistance, mais le rapport de force n’a jamais été aussi déséquilibré. Si le « style Trump » séduit sa base par sa brutalité apparente, il laisse le reste du monde face à une question vertigineuse : jusqu’où l’arrogance d’une superpuissance peut-elle aller avant de transformer l’hémisphère en une poudrière incontrôlable ?
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