Alors que l’échéance symbolique et constitutionnelle du 7 février approche, le Conseil Présidentiel de Transition chacun a son tour (CPT) semble s’enfoncer dans une crise de légitimité sans précédent. Entre aveux d’échec interne, scandales de corruption et médiations contestées, l’institution qui devait conduire Haïti vers la stabilité paraît plus que jamais à bout de souffle.
C’est à Jacmel, lors d’une intervention publique remarquée, que le conseiller-président Lesly Voltaire a jeté un pavé dans la mare : à partir du 8 février, le CPT ne sera plus légitime. En s’appuyant sur l’accord du 3 avril et le décret portant création du Conseil, M. Voltaire acte la fin d’une mission qui n’a pas su tenir ses promesses.
Pour de nombreux observateurs, cette déclaration n’est pas seulement une interprétation juridique, mais le constat cinglant d’un échec politique. En délégitimant l’institution de l’intérieur, Lesly Voltaire place ses collègues devant un fait accompli que la rue haïtienne scande déjà depuis plusieurs semaines.
L’acte de naissance du CPT prévoyait deux piliers majeurs : le rétablissement de la sécurité et l’organisation d’élections. À l’heure du bilan, le constat est amer.
- L’ombre des gangs : Malgré la présence de la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS), l’emprise des groupes armés, notamment la coalition Viv Ansanm, ne s’est pas desserrée.
- Le boulet du scandale BNC : La crédibilité du Conseil a été durablement entachée par l’inculpation de trois de ses membres — Smith Augustin, Louis Gérald Gilles et Emmanuel Vertilaire — dans l’affaire de corruption de la Banque Nationale de Crédit (BNC). Le fait que certains conseillers proposent aujourd’hui un maintien en fonction de ces membres inculpés est perçu par la société civile comme une insulte à l’éthique républicaine.
Face à l’impasse, Monseigneur Pierre-André Dumas a tenté de s’ériger en médiateur pour éviter le chaos. Cependant, sa démarche est déjà frappée de contestation. Plusieurs secteurs pointent du doigt un manque de neutralité, estimant que le prélat ne peut être « juge et partie ». Plus grave encore, l’Église catholique semble se distancier de cette initiative, la qualifiant de démarche personnelle.
Le scénario qui se dessine pour le 8 février 2026 est celui d’un pays sans gouvernail légal. La proposition de maintenir un noyau de cinq conseillers, rejetée par une partie du Conseil, illustre la guerre d’usure qui se joue en coulisses. Sans consensus et sans résultats concrets sur le front de la vie chère et de la terreur des gangs, le CPT risque de rejoindre la longue liste des structures de transition ayant échoué à briser le cycle de l’instabilité haïtienne.
L’heure n’est plus aux discours, mais à la survie d’un État qui semble, une fois de plus, avoir rendez-vous avec le vide.
Echojounal echojounal.net