Prime à l’hypocrisie : Pourquoi les millions de Washington ne sauveront pas Haïti.

​L’annonce a fait grand bruit : 8 millions de dollars pour la tête des chefs de gangs haïtiens. Mais derrière les chiffres spectaculaires, la stratégie américaine ressemble davantage à un écran de fumée qu’à une réelle volonté de stabiliser le pays. Entre le flux ininterrompu d’armes « Made in USA » et la présence de criminels à deux pas de leur ambassade, le double jeu de Washington est de plus en plus difficile à ignorer.

​Des primes pour masquer l’inaction
​Le Département d’État américain sort le carnet de chèques. 5 millions pour Jimmy « Barbecue » Chérizier, 2 millions pour Vitel’Homme Innocent. Pourtant, pour de nombreux observateurs haïtiens, cette annonce a un goût amer. Comment croire à la sincérité d’une puissance qui prétend traquer des criminels alors que les instruments de leur terreur — les fusils d’assaut et les munitions — proviennent quasi exclusivement des ports de Floride ?

​Malgré les rapports de l’ONU dénonçant le trafic d’armes transfrontalier, les États-Unis peinent à mettre en place des contrôles stricts dans leurs propres ports. En réalité, Washington semble préférer traiter les symptômes (les chefs de gangs) plutôt que la source (le commerce lucratif des armes qui alimente l’insécurité).

​L’ironie Vitel’Homme : un voisin encombrant
​Le cas de Vitel’Homme Innocent est sans doute le plus criant. Recherché par le FBI, sous sanctions internationales, ce chef de gang opère pourtant dans la zone de Tabarre, à une distance dérisoire de l’imposante ambassade des États-Unis.
​« Comment une puissance dotée de technologies de surveillance par satellite et de drones peut-elle prétendre ne pas pouvoir localiser un homme qui parade à quelques kilomètres de ses murs ? » s’interrogent les citoyens de la capitale.

​Cette proximité géographique entre l’un des hommes les plus recherchés au monde et la représentation diplomatique américaine renforce le sentiment d’une complicité passive, ou du moins d’une indifférence calculée.


​En mettant à prix la tête de ces individus, les États-Unis se donnent le beau rôle : celui du justicier mondial. Mais cette approche néglige les racines profondes de la crise. Arrêter un chef de gang sans couper l’approvisionnement en armes et sans sanctionner les élites politiques et économiques qui les financent ne fera que créer un vide que d’autres bandits s’empresseront de combler.

​Tant que les ports américains resteront des passoires pour le trafic d’armes vers les Caraïbes, ces primes ne seront que de la poudre aux yeux. Haïti n’a pas besoin de chasseurs de primes, mais d’un partenaire qui assume ses responsabilités dans le chaos actuel.

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