‎Haïti/Justice: L’État démissionnaire au chevet d’une justice morte-née

‎​Alors que le pays s’enfonce dans une sixième semaine de grève des parquetiers, le Conseil Présidentiel de Transition chacun à son tour (CPT) brille par son mutisme. Une indifférence qui confine à la complicité, laissant des milliers de justiciables dans un vide abyssal pendant que les tiroirs des tribunaux débordent de dossiers en souffrance.

‎​Six semaines. Quarante-deux jours de paralysie totale. Depuis le début du mouvement lancé par le Collectif des magistrats debout d’Haïti (COMADH), le palais de justice est devenu un mausolée. Si un timide « couloir judiciaire » a été mis en place pour les urgences, il ne s’agit que d’un pansement dérisoire sur une plaie béante. Derrière les barreaux du Pénitencier National, l’attente se transforme en condamnation à mort déguisée pour ceux qui n’ont même pas encore vu un juge.

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‎​Quelle est la réponse du Conseil Présidentiel de chacun a son tour face à ce chaos ? Le silence. Un silence assourdissant qui témoigne d’un mépris souverain pour l’État de droit. Les autorités de transition, dont le bilan est déjà qualifié de « nul » sur le plan sécuritaire, ajoutent aujourd’hui l’infamie de la démission judiciaire à leur palmarès.

‎​Il est d’autant plus révoltant de constater la célérité avec laquelle ces mêmes autorités ont adopté un décret pour « encadrer » la liberté d’expression. Pour museler la presse et protéger leur propre image, le CPT sait être d’une efficacité redoutable. Mais pour s’asseoir à la table des négociations avec les magistrats et garantir le fonctionnement des tribunaux, le Conseil semble frappé d’une soudaine paralysie.

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‎​Pendant que les assises criminelles sont renvoyées aux calendes grecques, l’impunité, elle, ne chôme pas. Les gangs continuent de dicter leur loi dans les rues, conscients que l’appareil judiciaire est hors d’usage. Le COMADH affirme être « sur la corde raide », épuisé par des conditions de travail inhumaines et l’absence totale de volonté politique pour réformer le système.

‎​Cette crise n’est pas un accident de parcours ; c’est le résultat d’une gestion de facto qui navigue à vue, sans boussole ni sens des responsabilités. En laissant la grève s’éterniser, le CPT prouve qu’il n’a jamais eu pour priorité le rétablissement des institutions, mais uniquement le maintien de ses propres privilèges jusqu’à la fin de son mandat.


‎​Le peuple haïtien ne peut plus se contenter de promesses de « dialogue national » alors que les tribunaux ferment leurs portes les uns après les autres. La justice n’est pas un luxe, c’est le socle de toute société civilisée. En la laissant mourir, le CPT achève de brûler les dernières passerelles vers une sortie de crise démocratique.

‎​Le verdict de l’histoire sera sans appel pour ces dirigeants de transition : ils auront été les fossoyeurs de la liberté de presse et les spectateurs passifs de l’agonie judiciaire.

‎​« Un pays sans justice est un corps sans âme. » — En janvier 2026, Haïti semble avoir perdu les deux.

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