Dans un nouveau tour de vis qui illustre la fragilité de la souveraineté haïtienne face au géant américain, le Département d’État a annoncé ce dimanche la révocation des visas de deux membres du Conseil Présidentiel de Transition chacun a son tour (CPT). Derrière les accusations d’accointances avec les gangs, de nombreux observateurs voient une manœuvre de « chantage politique » pour maintenir le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé au pouvoir.
C’est une annonce qui a l’effet d’une décharge électrique dans les couloirs du Palais National. Par un communiqué laconique, Washington a frappé au portefeuille symbolique des politiciens haïtiens : le droit d’entrée sur le sol américain. Deux membres du CPT, dont les noms restent officiellement sous silence mais dont l’identité alimente déjà toutes les spéculations, se voient ainsi bannis, eux et leurs familles proches.
Officiellement, le motif invoqué par le porte-parole Thomas « Tommy » Pigott est sans appel : « l’implication de ces membres dans les opérations de gangs ». Les États-Unis accusent ces conseillers-présidents d’entraver les efforts de la Police Nationale et de la Mission Multinationale (MMSS) pour rétablir la sécurité.
Pourtant, cette sanction intervient à un moment où le CPT semble plus que jamais déterminé à évincer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Une coïncidence de calendrier qui ne trompe personne à Port-au-Prince.
Pour beaucoup de leaders politiques haïtiens, ce n’est plus de la justice, c’est du « chantage ». En s’attaquant non seulement aux officiels mais aussi à leurs épouses et enfants, Washington utilise ce que les analystes appellent le « coupe-visa » : une arme de destruction massive pour quiconque oserait s’opposer à l’agenda de la communauté internationale (le Core Group).
« C’est la méthode classique », confie un ancien diplomate sous couvert d’anonymat. « En Haïti, perdre son visa, c’est perdre son statut social et sa porte de sortie en cas de crise. Les États-Unis le savent et s’en servent pour dicter qui doit rester et qui doit partir à la Primature. »
Cette offensive survient alors que le mandat du CPT expire théoriquement le 7 février 2026. En brandissant la menace des sanctions, l’administration Trump (représentée par Marco Rubio au Département d’État) envoie un message clair : toute tentative de déstabilisation du gouvernement actuel sera payée au prix fort.
Alors que la capitale reste aux trois quarts sous l’emprise des groupes armés, la guerre des visas semble être la seule bataille que la communauté internationale livre avec une efficacité redoutable. Reste à savoir si cette pression suffira à stabiliser une transition qui, chaque jour, semble s’enfoncer un peu plus dans l’impasse.
Echojounal echojounal.net