Face à la plainte pour diffamation déposée par l’homme d’affaires Édouard Baussan à Paris, le journaliste Djovany Michel incarne aujourd’hui la résistance d’une presse haïtienne qui refuse de baisser les yeux devant les puissants.
Dans un pays où la vérité est souvent une denrée plus rare que le pain, le courage de Djovany Michel, responsable du Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC), force le respect. En dénonçant un prétendu réseau de trafic d’armes impliquant des figures de l’élite économique, le journaliste n’a pas seulement publié une enquête : il a brisé l’omerta sur l’un des fléaux qui alimentent le chaos sécuritaire en Haïti.
L’intimidation par la toge
Le choix de porter l’affaire devant le Tribunal judiciaire de Paris par Édouard Baussan ne trompe personne. Si la forme est légale, la méthode ressemble à s’y méprendre à une stratégie de « poursuite bâillon ». L’objectif ? Déplacer le combat sur un terrain financier et géographique inaccessible pour un journaliste haïtien, espérant ainsi que l’épuisement des ressources aura raison de la ténacité de l’enquêteur.
Mais Djovany Michel ne recule pas. « J’assume mes dénonciations », a-t-il martelé le 22 décembre. Cette posture n’est pas celle d’un homme qui cherche le scandale, mais celle d’un professionnel qui mesure la gravité des faits qu’il avance. Dans un contexte où le trafic d’armes fauche des vies quotidiennement à Port-au-Prince, se taire serait devenir complice.
Le droit de savoir contre le droit de paraître
L’offensive judiciaire de M. Baussan interroge : pourquoi tant d’empressement à attaquer l’informateur plutôt qu’à exiger une enquête indépendante sur le fond des allégations ?
En s’attaquant au messager, on tente de détourner le regard de l’opinion publique du message.
À ce stade, aucun élément n’est venu démentir les révélations du RHAJAC. Au contraire, le soutien croissant de la société civile envers Djovany Michel témoigne d’une soif de justice que les plaintes à l’étranger ne sauront étancher.
Un symbole pour la presse libre
Si Djovany Michel devait être condamné pour avoir fait son métier, c’est l’ensemble du journalisme d’investigation haïtien qui recevrait un signal de mort. Soutenir Djovany Michel aujourd’hui, ce n’est pas seulement soutenir un homme, c’est défendre le droit pour chaque Haïtien de savoir qui arme les mains qui détruisent le pays.
Le combat ne fait que commencer. Et comme le rappelle si bien le lanceur d’alerte : la vérité a cette fâcheuse habitude de finir par éclater, peu importe la hauteur des murs juridiques que l’on dresse devant elle.
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