La vice-présidente du Venezuela, Delcy Rodríguez, a été nommée présidente intérimaire à la suite du raid américain qui a renversé le président Nicolás Maduro samedi 3 janvier 2026.
Samedi soir, la Cour suprême du Venezuela lui a conféré la présidence en l’absence de M. Maduro, une nomination intérimaire appuyée dimanche par le ministre de la Défense, Vladimir Padrino López, invoquant la nécessité que le pays s’unisse dans « la mission de lutter contre l’agression impérialiste », a-t-il dit dans une allocution télévisée.
Mme Rodríguez s’était adressée à la nation samedi, dénonçant l’opération américaine et affirmant que M. Maduro est le seul président du pays. Mais dimanche soir, plus conciliante, elle a appelé à la « coexistence pacifique ».
« Président Donald Trump, nos peuples et notre région méritent paix et dialogue, pas la guerre. Cela a toujours été le vœu du président Nicolás Maduro, et c’est le vœu de tout le Venezuela aujourd’hui ».
Plus tôt, M. Trump avait indiqué que Mme Rodríguez était disposée à collaborer avec les États-Unis, qui allaient « diriger le pays ». Mais dès dimanche, il la menaçait dans les pages de la revue The Atlantic : « Si elle ne fait pas ce qu’il faut, elle le paiera cher, probablement plus que Maduro. »
Une famille politique
Née à Caracas en 1969, elle avait 7 ans quand son père, Jorge Antonio Rodríguez, leader politique de gauche et guérillero, a été tué lors d’un interrogatoire par des agents du contre-espionnage pour son rôle allégué dans l’enlèvement d’un cadre américain à Caracas.
Sa mort a profondément marqué Mme Rodríguez et son frère, Jorge Rodríguez Gómez, 60 ans, président de l’Assemblée nationale du Venezuela, selon un portrait publié en 2020 dans Vanity Fair España.
Élevés dans une famille profondément socialiste et nourrie des récits sur leur père, sœur et frère se sont engagés à vie en politique, militant à gauche, puis occupant des postes clés sous l’ancien président Hugo Chávez, figure emblématique du socialisme vénézuélien, et son successeur désigné, Nicolás Maduro.
Mme Rodríguez, qui porte souvent des lunettes à monture noire et des vêtements aux couleurs vives, a étudié à Caracas, à Paris et à Londres. Diplômée en droit de l’Université centrale du Venezuela, où elle a ensuite enseigné, elle a exercé le droit du travail, puis rejoint l’administration Chávez en 2003.
De l’Énergie aux Affaires étrangères
La trajectoire politique de Mme Rodríguez a commencé au bureau du chef de cabinet du vice-président en 2003, avant de la mener au ministère de l’Énergie et des Mines comme directrice des affaires internationales.
M. Chávez l’a nommée ministre des Affaires présidentielles en 2006.
Elle a été une pure et dure de la révolution bolivarienne de M. Chávez – inspirée de Simón Bolívar, révolutionnaire vénézuélien du XIXe siècle – et de son programme de réformes sociopolitiques visant à arracher le peuple à la pauvreté et à ériger une Amérique latine libre de l’influence américaine.
« Elle a défendu la souveraineté, la paix et l’indépendance du Venezuela comme une tigresse ».
Nicolás Maduro au sujet de Delcy Rodríguez, en 2017
Mais M. Chávez, tout en finançant ses programmes sociaux, a laissé les réserves stratégiques de pétrole du pays s’épuiser et pris un virage autoritaire qui a étouffé la presse et vidé le pays de son expertise.
À la mort de M. Chávez en 2013, M. Maduro a nommé Mme Rodríguez ministre de l’Information, puis l’a promue ministre des Affaires étrangères en 2014. Cette année-là, le prix du pétrole s’est effondré, semant le chaos dans l’économie du Venezuela : de graves pénuries alimentaires et l’inflation galopante ont causé un exode du pays.
À la suite de cet effondrement, en 2018, M. Maduro en a fait sa vice-présidente avant de lui confier aussi les ministères des Finances et du Pétrole. Peu après, les États-Unis ont imposé des sanctions à Mme Rodríguez, à son frère et à d’autres proches de M. Maduro, les accusant de corruption et de violations des droits de la personne.
« La révolution venge la mort de notre père et punit ses bourreaux », a déclaré en 2018 Mme Rodríguez au journaliste vénézuélien José Vicente Rangel.
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