Déportations et Massacres : Le silence coupable d’un État en démission

La terreur des gangs continue de vider les villages du Bas-Artibonite, un vol charter en provenance des États-Unis a déposé, ce jeudi 8 janvier 2026, 136 ressortissants haïtiens sur le tarmac de l’aéroport du Cap-Haïtien. Ce nouveau contingent de déportés débarque dans un pays où le gouvernement semble avoir abdiqué sa mission première : garantir la vie et la sécurité de ses citoyens.

Le contraste est insoutenable. D’un côté, l’administration américaine accélère les expulsions avant la fin imminente du TPS prévue pour le 3 février. De l’autre, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et le gouvernement de Laurent Saint-Cyr assistent, en spectateurs passifs, à l’effondrement du pays.

Comment un État peut-il accepter de recevoir des déportés quand il est incapable de protéger ceux qui sont déjà sur place ? À Montrouis, depuis le 23 décembre, des hommes armés incendient et tuent en toute impunité, forçant plus de 1 120 personnes à fuir vers Saint-Marc dans un dénuement total. Pour ces 136 rapatriés, le retour au pays natal n’est pas une délivrance, mais une condamnation à l’errance dans une nation livrée aux seigneurs de guerre.

 

La critique ne porte pas seulement sur le manque de moyens de la Police Nationale d’Haïti (PNH), mais sur l’absence flagrante de volonté politique. Pendant que les massacres se succèdent dans l’Artibonite et que les axes routiers sont coupés, les autorités de transition semblent plus préoccupées par la publication de décrets liberticides  comme celui du 31 décembre visant à museler la presse  que par la reconquête du territoire.

« Le gouvernement ne fait rien. Il ne sécurise pas les routes, il ne sécurise pas nos vies, et maintenant il accepte en silence que nos frères soient renvoyés dans cet enfer », s’indigne un proche de l’un des déportés au Cap-Haïtien.

Le gouvernement haïtien brille par son mutisme diplomatique. Aucune protestation officielle n’a été émise contre ces vols de la honte, alors que les États-Unis eux-mêmes reconnaissent, par leurs alertes de sécurité, qu’Haïti est une zone de danger extrême. En acceptant ces déportations sans exiger de moratoire lié à la crise sécuritaire, les dirigeants haïtiens se rendent complices d’une politique migratoire inhumaine.

La population, prise en étau entre la violence des gangs et l’indifférence des bureaux climatisés de Port-au-Prince, se retrouve seule. L’État haïtien n’est plus qu’une ombre, une structure administrative qui perçoit des taxes et publie des communiqués, mais qui a cessé depuis longtemps d’être un bouclier pour son peuple.

 

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