Haïti/Assassinat de Jovenel Moïse : L’aveu d’un juge brise le masque de la « légalité » du complot

Dans un rebondissement spectaculaire devant la justice américaine, l’ancien juge haïtien Jean Roger Noelcius a admis avoir signé un mandat d’arrêt illégal contre le président assassiné Jovenel Moïse. Cet aveu lève le voile sur la manipulation judiciaire qui a servi de socle au coup d’État avorté de février 2021 et, ultimement, au magnicide du 7 juillet.

​C’est un document qui a pesé lourd dans la balance du chaos haïtien. Jean Roger Noelcius, ancien juge de paix, a reconnu devant les autorités fédérales à Miami avoir apposé sa signature sur un mandat d’arrêt visant le chef de l’État alors en fonction, sans disposer de la moindre autorité légale pour le faire.

​L’enquête révèle une machination minutieuse. Pour donner une apparence de légitimité à l’éviction de Jovenel Moïse, le mandat avait été antidaté à 2019. Ce document n’était pas une simple erreur administrative, mais une pièce maîtresse de la stratégie des conspirateurs.

​Il a servi de « couverture » lors de la tentative de coup d’État du 7 février 2021, où les assaillants prétendaient agir au nom de la loi pour installer un président de transition. Quelques mois plus tard, ce même climat d’illégitimité fabriquée allait conduire au commando armé qui a coûté la vie au président dans sa résidence privée.

​L’ancien magistrat ne nie pas les faits, mais tente d’expliquer son geste par la contrainte. Noelcius affirme avoir agi sous la pression directe de l’avocat Mario Beauvoir.

​Cette déclaration renforce la thèse d’une conspiration tentaculaire impliquant des élites intellectuelles et juridiques haïtiennes. Le nom de Noelcius s’ajoute ainsi à la liste des acteurs clés déjà condamnés ou en attente de jugement en Floride, aux côtés de l’ancien sénateur John Joël Joseph, qui a déjà plaidé coupable pour son rôle logistique dans l’assassinat.

​Ces révélations interviennent dans le cadre du procès visant Antonio Intriago et sa firme de sécurité basée à Miami, CTU Security. L’enjeu est de taille : déterminer si les entreprises de sécurité américaines savaient qu’elles participaient à un complot criminel ou si elles ont été dupées par ces documents officiels — bien que falsifiés.

​« Ce mandat était le « permis de tuer » dont les mercenaires avaient besoin pour justifier leur intervention aux yeux de certains partenaires », analyse un expert en politique caraïbéenne.

​Pendant que la justice avance à grands pas aux États-Unis, Haïti reste plongé dans une impasse totale. Ce nouvel aveu souligne cruellement le vide institutionnel qui ronge le pays. Entre l’insécurité galopante des gangs et une crise humanitaire sans précédent, la population attend toujours que la justice haïtienne, paralysée, puisse un jour faire la lumière sur les complicités internes qui ont rendu ce crime possible.

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