Le pays s’enfonce dans une crise sécuritaire et économique sans précédent, le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP), sous la houlette de son ministre de facto Augustin Antoine, vient de lancer un ultimatum aux directeurs d’écoles. Entre le 12 et le 30 janvier, chaque candidat à la 9ème Année Fondamentale (AF) devra s’acquitter de 1 500 Gourdes pour avoir le « privilège » de passer les examens officiels. Une décision qui passe mal dans une population déjà étranglée.
Pour beaucoup de parents, ces 1 500 Gourdes ne sont pas qu’un simple frais d’inscription ; c’est le prix du sacrifice. Dans une économie dévastée où l’inflation galopante rend le panier de la ménagère inaccessible, le ministre Antoine semble évoluer dans une bulle bureaucratique, loin des bruits de bottes et des estomacs vides.
Le communiqué est d’une froideur chirurgicale : payez, apportez la fiche à la Direction Départementale (DDE), fournissez l’acte de naissance ou l’extrait d’archives, et prouvez que l’élève a réussi sa 8ème année. Pour l’administration de facto, la bureaucratie doit tourner, peu importe si les écoles fonctionnent par intermittence sous la menace des gangs ou si les familles ont dû fuir leurs maisons.
Depuis sa nomination, Augustin Antoine multiplie les annonces de « réformes » et de « restauration de l’autorité », mais sur le terrain, c’est le sentiment d’abandon qui domine. En imposant des délais aussi courts (à peine trois semaines) et des frais fixes, le ministère ignore sciemment la logistique infernale à laquelle font face les directeurs d’écoles, particulièrement dans les zones rouges.
Comment exiger une telle rigueur documentaire (baptistère, certificat de 8ème AF) quand les archives sont parfois inaccessibles et que les déplacements vers les DDE relèvent du parcours du combattant ? L’État de facto, incapable de sécuriser les trajets scolaires, se montre pourtant d’une efficacité redoutable lorsqu’il s’agit de collecter des fonds.
Dans les couloirs des écoles privées comme publiques, la grogne monte. « On nous demande de finaliser les inscriptions pour le nombre exact de candidats payés. C’est du commerce, pas de l’éducation », s’insurge un directeur d’école du centre-ville.
Alors que le droit à l’éducation est bafoué chaque jour par l’insécurité, le MENFP choisit de faire de la validation des dossiers un levier financier. En l’absence de subventions réelles pour les fournitures ou de soutien aux enseignants, ces frais de 1 500 Gourdes apparaissent comme une taxe supplémentaire sur la résilience des Haïtiens.
À l’heure où le gouvernement de transition peine à offrir une perspective de sortie de crise, cette rigueur administrative sonne comme une provocation. Le ministre Antoine veut des dossiers complets et des caisses remplies ; les parents, eux, voudraient simplement que leurs enfants puissent aller à l’école sans risquer leur vie, et sans avoir à choisir entre le pain et le bordereau de la DDE.
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