Haïti /Éducation: L’école, une victime collatérale de l’insécurité généralisée

À l’occasion de la Journée internationale de l’éducation, le Collectif Défenseurs Plus tire la sonnette d’alarme. Entre écoles occupées, grèves persistantes et une transition numérique impossible, le droit à l’instruction s’effondre en Haïti.

​Alors que le monde s’apprête à célébrer, ce 24 janvier, l’éducation comme un pilier de la paix et du développement, le constat est amer en Haïti. Le dernier rapport du Collectif Défenseurs Plus dépeint une réalité brutale : l’école haïtienne n’est plus un sanctuaire, mais un espace en sursis.

​L’insécurité qui gangrène la zone métropolitaine de Port-au-Prince a forcé des centaines d’établissements à la fermeture ou à l’exil. Selon les données de l’UNICEF citées par le Collectif, plus de 1 600 écoles sont actuellement hors service à l’échelle nationale. Certaines sont devenues des bases pour les groupes armés, d’autres des refuges de fortune pour les familles fuyant les violences.

​Le phénomène ne se limite plus à la capitale. Les départements de l’Artibonite et du Centre sont désormais lourdement touchés, laissant des milliers de jeunes dans un vide éducatif total.

​Face à l’impossibilité physique de se rendre en classe, l’alternative numérique est souvent évoquée par les autorités. Un « choix illusoire », selon Ulrick Tintin, responsable des Affaires Juridiques du Collectif.

​« L’avenir du pays se retrouve entre les mains d’une jeunesse sommée de suivre des cours en ligne dans un contexte où la majorité des apprenants ne disposent ni de connexion fiable, ni d’électricité régulière », déplore l’organisation.

 

​Cette fracture numérique ne fait qu’accentuer les inégalités sociales, condamnant une partie de la population à l’exclusion technologique et intellectuelle.

​L’année 2025 s’était pourtant ouverte sur une lueur d’espoir avec la signature d’un accord entre le gouvernement et les syndicats d’enseignants. Un an plus tard, le constat est celui d’une promesse trahie. Les engagements financiers et structurels n’ont pas été tenus, et les grèves continuent de paralyser le peu d’écoles encore fonctionnelles.

​Au-delà de la perte de savoir, c’est la protection de l’enfance qui est en jeu. En restant hors du système scolaire, les enfants deviennent des proies faciles pour le recrutement des gangs et l’exploitation sous toutes ses formes.

​Le Collectif Défenseurs Plus conclut son plaidoyer par une interpellation directe de l’État. Il ne s’agit plus seulement de pédagogie, mais de respect de la Constitution. L’organisation exige :

  • ​La sécurisation immédiate des espaces scolaires.
  • ​Un financement public accru pour réhabiliter le système.
  • ​Une réponse concrète aux revendications des enseignants pour mettre fin à l’instabilité chronique.

​En cette veille de journée internationale, le message est clair : sans une intervention urgente, c’est toute une génération qui risque de devenir « l’ombre d’elle-même », sacrifiée sur l’autel de l’insécurité et de l’inaction politique.

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