Sous le couvert d’un décret publié « en catimini » dans le journal officiel Le Moniteur le 31 décembre 2025, le Conseil Présidentiel de Transition chacun a son tour (CPT) et le gouvernement defacto viennent d’ériger de nouvelles barrières à la liberté d’expression. Une manœuvre autoritaire qui, loin de stabiliser le pays, ressemble à une tentative désespérée de museler la critique alors que le bilan sécuritaire s’effondre.
Le choix de la date n’est pas anodin. En publiant ce texte la veille du jour de l’An, moment où l’attention nationale est traditionnellement ailleurs, les autorités ont délibérément évité tout débat public. Ce décret, qui définit désormais la manière dont les citoyens et les journalistes doivent s’exprimer, a été élaboré sans aucune consultation des organisations de défense des droits humains ni des associations de presse.
Cette méthode de « fait accompli » est le signe d’un pouvoir qui ne cherche plus le consensus, mais l’imposition.
Le texte impose une vision restrictive de l’exercice du droit à l’information. Sous prétexte de réguler les contenus et de lutter contre la « désinformation », le CPT s’octroie un droit de regard dangereux sur ce qui peut être dit ou écrit. Pour les travailleurs de la presse, le message est clair : l’indépendance est désormais un risque.
Flou juridique volontaire : Les termes utilisés pour définir les « infractions » à la liberté d’expression sont assez larges pour permettre toutes les interprétations abusives.
Censure déguisée : En dictant comment la population doit exercer son droit constitutionnel, le gouvernement de transition sort de son rôle provisoire pour s’ériger en arbitre de la pensée.
L’analyse de ce décret ne peut se faire sans regarder le contexte de ces dernières semaines. Entre les massacres à Montrouis et l’impuissance manifeste de l’État face à l’expansion des gangs dans l’Artibonite, le CPT est acculé.
Plutôt que d’apporter des réponses à l’insécurité galopante qui a déplacé plus de 1 120 personnes à Saint-Marc début janvier, le pouvoir choisit de s’en prendre à ceux qui rapportent ces échecs. Il semble plus facile pour le gouvernement de réprimer les plumes et les voix que de désarmer les groupes criminels qui terrorisent la nation.
En verrouillant ainsi l’espace médiatique à l’aube d’une année électorale cruciale, le CPT et le gouvernement posent une hypothèque sérieuse sur la crédibilité du processus démocratique. Comment imaginer des élections libres et honnêtes si le droit de critiquer l’action gouvernementale est désormais codifié, encadré et potentiellement sanctionné par ceux-là mêmes qui organisent le scrutin ?
En Haïti, l’histoire a souvent montré que lorsqu’un pouvoir commence par s’en prendre à la presse, c’est que la dérive autoritaire est déjà bien entamée.
Echojounal echojounal.net