En l’espace de 48 heures, le sommet de l’exécutif haïtien a multiplié les parades militaires. Laurent Saint Cyr (CPT), Alix Didier Fils-Aimé (Premier ministre) et le DG de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, ont fait le tour des états-majors : FAd’H lundi, MMSS ce mardi. Une hyper-activité sécuritaire qui soulève une question de fond : pourquoi cette mobilisation soudaine alors que le pays sort de semaines d’attaques sanglantes marquées par l’absence de ces mêmes autorités au front ?
Le tour des casernes : Une communication de crise
Après une visite remarquée au Grand Quartier Général des Forces Armées d’Haïti (FAd’H) le 26 janvier, la délégation s’est rendue ce mardi 27 à la base de la Mission multinationale (MMSS). Pour la Primature, il s’agit de « coordonner la reconquête du territoire ». Mais sur le terrain, le timing interroge.
À quelques jours de la date symbolique du 7 février 2026, qui marque la fin théorique des arrangements de transition, cette tournée ressemble davantage à une opération de communication visant à rassurer la communauté internationale et à dissuader toute velléité de soulèvement populaire ou de coup de force des gangs.
La critique se fait acerbe au sein de la population. Plusieurs secteurs de la vie nationale pointent du doigt un contraste saisissant :
* La présence sélective : Les autorités s’affichent aujourd’hui dans l’enceinte sécurisée des bases militaires. Pourtant, lors des récentes incursions des gangs dans les quartiers vulnérables et au centre-ville de Port-au-Prince, la réponse de l’Exécutif a été jugée timide, voire inexistante.
* Le piège de la légitimité : Le 7 février est perçu par beaucoup comme un couperet. En s’affichant aux côtés du DG de la PNH et des forces internationales, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et le président du CPT cherchent à projeter une image de contrôle là où le vide institutionnel menace.
Le bilan de Vladimir Paraison à la tête de la PNH reste au cœur des débats. Si des opérations récentes ont visé des bastions de « Viv Ansanm » (notamment à Delmas 6), la pérennisation de ces acquis reste fragile. Les sanctions américaines récentes visant certains membres du CPT pour complicité présumée avec les gangs viennent encore fragiliser ce tableau d’unité que l’Exécutif tente de peindre.
Plus qu’une stratégie militaire, ce « marathon des bases » semble être une stratégie de survie politique. L’enjeu n’est plus seulement de déloger les gangs, mais de justifier le maintien au pouvoir au-delà de la date butoir du 7 février, dans un climat où le consensus politique est au point mort.
Echojounal echojounal.net