À l’approche de l’échéance fatidique du 7 février 2026, le Conseil Présidentiel de Transition chacun a son tour (CPT) s’enfonce dans une guerre de tranchées. Alors que cinq conseillers, portés par Edgard Leblanc Fils et Lesly Voltaire, s’activent pour évincer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, une question brûlante demeure : dans ce théâtre d’ombres, où se trouve l’intérêt du peuple haïtien ?
Malgré les mises en garde répétées de la communauté internationale — États-Unis et CARICOM en tête — qui réclament une stabilité de façade, la majorité des conseillers présidentiels refuse de plier. Pour ces derniers, le remplacement d’Alix Didier Fils-Aimé n’est pas une option, mais une nécessité pour reprendre la main sur une transition jugée moribonde.
En transmettant le document de révocation au Secrétariat général du Palais national, ces conseillers envoient un message clair : ils ne comptent pas abandonner leurs prérogatives, même si le président du Conseil, Laurent Saint-Cyr, verrouille les issues juridiques et que les ambassades étrangères froncent les sourcils. Ce refus de « céder à la pression » est présenté par certains comme un sursaut de souveraineté, mais il ressemble davantage à une lutte pour la survie politique avant la fin de leur propre mandat.
Le soutien indéfectible de la communauté internationale à Alix Didier Fils-Aimé, malgré son statut de dirigeant non élu, repose sur un pragmatisme froid :
- L’obsession de la stabilité : Pour Washington et l’ONU, changer de Premier ministre pour la deuxième fois en moins d’un an (après l’éviction de Garry Conille) équivaudrait à un aveu d’échec total de la formule CPT.
- La peur du vide : À quelques jours du 7 février, l’international craint qu’un nouveau changement ne plonge le pays dans une vacance institutionnelle totale, laissant le champ libre aux coalitions de gangs.
- Un interlocuteur prévisible : Alix Didier Fils-Aimé est perçu comme un partenaire malléable, plus enclin à suivre les feuilles de route dictées de l’extérieur qu’un Conseil divisé par des intérêts partisans.
Pendant que les salons feutrés de la Villa d’Accueil et du Palais National résonnent de débats procéduriers sur des signatures et des décrets, le peuple haïtien, lui, compte ses morts.
Dans ce conflit d’intérêt pur, la population est la grande absente. Les citoyens ne demandent ni le maintien de l’un, ni la nomination de l’autre ; ils réclament la sécurité, le pain et le droit de circuler. Le fossé n’a jamais été aussi grand entre une « élite » politique qui se bat pour des postes et une masse qui lutte pour sa survie quotidienne sous le joug des gangs.
»On nous parle de procédure, mais la seule procédure que le peuple connaît, c’est celle de l’enterrement de ses proches, » soupire un habitant de Delmas.
Si le CPT réussit son coup de force, il héritera d’un gouvernement encore plus fragile. S’il échoue, il restera une coquille vide sous tutelle internationale. Dans les deux cas, sans un consensus incluant réellement les forces vives de la nation et non uniquement les signataires d’accords politiques, le 7 février 2026 risque de n’être qu’une date de plus dans le calendrier du chaos.
Echojounal echojounal.net