Le monde/Salvador: La prison à perpétuité gravée dans la Constitution, nouveau pilier de la méthode Bukele

Dans une décision quasi unanime, l’Assemblée législative du Salvador a voté mardi 17 mars 2026 une réforme constitutionnelle historique. En supprimant l’interdiction des peines de prison à vie, le pouvoir cimente sa stratégie de « main de fer » contre la criminalité, au risque de s’attirer de nouvelles foudres internationales.

‎​C’est un verrou de plus qui saute dans l’arsenal juridique salvadorien. Avec 59 voix sur 60, les députés ont validé la modification de l’article 27 de la Constitution, qui interdisait jusqu’alors les peines infamantes et la prison à perpétuité. Désormais, cette sanction extrême devient la norme pour trois catégories de criminels : les meurtriers, les violeurs et les terroristes.

‎​‎​Pour le président Nayib Bukele, qui a personnellement porté le projet sur les réseaux sociaux, cette réforme est une nécessité morale. « Nous verrons qui ose défendre l’idée que la Constitution doit continuer de protéger ceux qui tuent et violent », a-t-il déclaré peu avant le vote.

‎​Jusqu’à présent, le code pénal plafonnait les peines à 60 ans de réclusion. Bien que certains chefs de gangs aient été condamnés à des cumul de peines dépassant théoriquement les 1 000 ans, la perpétuité n’avait aucune existence légale. Cette réforme vient donc aligner le texte fondamental avec la réalité carcérale d’un pays qui compte désormais près de 2 % de sa population adulte derrière les barreaux.

‎​Cette annonce intervient alors que le Salvador vit sous état d’exception depuis mars 2022. En quatre ans, plus de 90 000 personnes ont été interpellées dans le cadre de la « guerre contre les gangs ». Pour les autorités, la perpétuité garantit que les cadres des « maras » (MS-13 et Barrio 18) transférés vers le gigantesque Centre de confinement du terrorisme (CECOT) n’en sortiront jamais.

‎​Si la popularité du président Bukele reste au zénith au Salvador — portée par une chute spectaculaire du taux d’homicide — les critiques extérieures se font plus vives.
‎​Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent une « Constitution à la carte » qui démantèle les derniers garde-fous démocratiques.

‎​Les juristes s’inquiètent de la suppression de l’objectif de « réinsertion sociale », pourtant inscrit dans le droit international.

‎​Avec cette réforme, Nayib Bukele ne se contente plus de suspendre des droits par des décrets temporaires ; il redessine durablement le visage de la justice salvadorienne, transformant l’exception en une règle constitutionnelle indélébile.

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