Entre petits fours et grandes promesses, le Conseil présidentiel de transition chacun a son tour (CPT) continue ses « dialogues » de salon. Pendant que Louis Gérald Gilles et ses collègues multiplient les consultations avec une société civile triée sur le volet, la réalité haïtienne, elle, se joue dans le sang et l’indifférence institutionnelle.
Une fois de plus, les dorures de la Villa d’Accueil ont servi de rempart contre la fureur des rues. Ce mercredi, le conseiller-président Louis Gérald Gilles, flanqué de plusieurs membres du CPT, a orchestré une nouvelle mise en scène autour du « dialogue inter haïtien ».
Au menu : stabilité politique, continuité de l’État et promesses électorales. Un triptyque qui sonne de plus en plus comme une incantation désespérée, ou pire, une insulte à la population.
Alors que le CPT se félicite de prôner un « consensus inclusif », on est en droit de se demander : inclusif de qui ? Certainement pas des milliers de déplacés internes qui fuient la terreur des gangs, ni de la classe moyenne asphyxiée par une économie en ruine.
Ces rencontres avec la « société civile » ressemblent davantage à des exercices de relations publiques visant à légitimer un pouvoir qui peine à justifier son bilan après des mois de gestion. Parler de « continuité de l’État » dans un pays où des pans entiers du territoire sont sous contrôle criminel relève soit d’un optimisme délirant, soit d’un cynisme assumé.
Il est difficile d’ignorer l’ironie de voir Louis Gérald Gilles mener des discussions sur la consolidation démocratique. Le conseiller, dont le nom a été cité dans des rapports de l’ULCC concernant l’affaire de la BNC, incarne pour beaucoup cette vieille garde politique incapable de rompre avec les pratiques du passé.
Pendant que le CPT discute des « enjeux électoraux », les faits sont là :
L’insécurité galopante : Aucun plan concret n’a permis de reprendre les quartiers stratégiques de la capitale.
L’instabilité interne : Le Conseil est régulièrement secoué par des luttes de pouvoir intestines et des scandales de corruption qui discréditent l’institution.
Le mirage électoral : Comment envisager des élections sans un climat de sécurité minimal, alors que le Conseil Électoral Provisoire (CEP) manque cruellement de moyens et de confiance populaire ?
Le CPT s’était engagé à remettre le pouvoir à un président élu d’ici février 2026. À l’allure où vont ces « salons de discussion », cet engagement semble chaque jour plus irréel.
« On ne nourrit pas une population affamée avec des protocoles de rencontres, et on ne sécurise pas un pays avec des communiqués de presse », soupire un observateur politique présent à l’extérieur des murs de la Villa.
Si la transition ne sort pas rapidement des bureaux climatisés pour s’attaquer aux racines de la crise — la sécurité et l’intégrité — le « dialogue inter haïtien » ne sera qu’un chapitre de plus dans le grand livre des échecs politiques d’Haïti.
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