Haîti/Economie: Le naufrage d’une économie sacrifiée sur l’autel de l’impuissance politique

La sentence est tombée comme un couperet, mais sans surprise : Royal Caribbean Group a annoncé la prolongation de la suspension de ses escales à Labadee jusqu’en décembre 2026. Pour le Grand Nord et pour Haïti tout entière, ce n’est pas seulement une perte touristique ; c’est le constat d’échec sanglant d’une transition politique qui s’enlise dans l’inefficacité.

‎​Alors que les pays voisins se disputent les parts de marché d’un tourisme caribéen en pleine effervescence, Haïti s’enfonce dans l’isolement. La décision de la seule compagnie de croisière desservant encore le pays de déserter nos côtes pour les deux prochaines années n’est pas un acte de mépris, mais une réaction logique face à l’insécurité galopante que le Conseil Présidentiel de Transition chacun a son tour (CPT) et le gouvernement de facto se révèlent incapables de juguler.

‎​L’immobilisme du CPT : une complicité passive ?
‎​Depuis l’installation du CPT, les promesses de « rétablissement de la sécurité » s’enchaînent dans les salons feutrés de la capitale, tandis que la réalité du terrain reste dictée par les gangs. Comment justifier qu’un État, même en transition, soit incapable de sécuriser un corridor permettant la survie d’une enclave économique aussi vitale que Labadee ?

‎​L’incapacité des autorités à restaurer l’autorité de l’État sur le territoire national — ou du moins à garantir une stabilité minimale pour les investissements internationaux — est la cause directe de ce retrait. Royal Caribbean ne part pas par envie, mais par nécessité de protéger ses passagers et son image de marque face à un pays perçu comme une zone de non-droit.

‎​Un gouvernement de facto sans boussole

‎​Le gouvernement en place, dépourvu de légitimité populaire et apparemment de vision stratégique, semble avoir abandonné le secteur touristique à son sort. Alors que Labadee générait des millions de dollars de recettes directes pour l’État et faisait vivre des milliers de familles (artisans, guides, restaurateurs, personnel de service), le silence des autorités est assourdissant.

‎​Ce retrait jusqu’à la fin de l’année 2026 signifie que :
‎​L’économie locale du Nord est asphyxiée pour les deux prochaines années.
‎​La confiance des investisseurs est durablement brisée.
‎​Les pays concurrents (Bahamas, Jamaïque, République Dominicaine) récupèrent les flux de voyageurs initialement destinés à Haïti.

‎​Le prix de l’incompétence
‎​Il est trop facile de blâmer uniquement les « gangs ». Les gangs ne sont que les symptômes d’un corps social et politique en décomposition, dirigé par des hommes plus préoccupés par le partage du gâteau administratif que par le salut public. En échouant à fournir un climat sécuritaire de base, le CPT et le gouvernement condamnent Haïti à la marginalisation.

‎​Le départ de Royal Caribbean est le symbole d’une Haïti qui ferme ses portes au monde, non par choix, mais par faillite de ses dirigeants. Si le CPT ne peut même pas garantir la pérennité de l’unique port de croisière du pays, quelle est sa véritable raison d’être ?

‎​En décembre 2026, si les navires ne reviennent pas, ce ne sera pas la faute de la mer, mais bien celle de ceux qui, au pouvoir, ont laissé le navire Haïti couler sans même tenter de colmater les brèches.

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