Alors que le mandat du Conseil Présidentiel de Transition chacun a son tour (CPT) arrive constitutionnellement à son terme le 7 février, une étrange effervescence s’empare des couloirs du pouvoir. Entre dialogues de façade, financements occultes de militants et propositions de transitions à rallonge, la classe politique semble prête à tout pour éviter le vide… ou plutôt pour garder son fauteuil.
Au sein de la Villa d’Accueil, l’ambiance n’est pas aux cartons de déménagement. Les membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), censés organiser des élections qu’ils n’ont jamais vraiment lancées, multiplient désormais les « consultations ». Officiellement, il s’agit de trouver un « consensus national ». Officieusement, les observateurs y voient un stratagème pour légitimer un maintien au pouvoir au-delà de l’échéance.
Ces dialogues, menés principalement avec des partis et des secteurs jugés « proches », servent de paravent à une volonté de prorogation. « On nous parle de dialogue, mais c’est un monologue entre amis pour décider comment rester en place sous prétexte d’insécurité », confie un cadre d’une organisation de la société civile.
Pendant que l’exécutif temporise, l’opposition dite « radicale » avance ses pions. Les partis EDE, de Claude Joseph, et Pitit Desalin, de Jean-Charles Moïse, ont déjà jeté les bases d’une nouvelle architecture politique. Leur proposition est claire : une nouvelle transition de deux ans.
Pour ces acteurs, le CPT a échoué et doit être remplacé par une structure plus « musclée » capable de stabiliser le pays avant tout scrutin. Cependant, cette proposition de 24 mois supplémentaires est perçue par beaucoup comme une tentative de s’emparer du gâteau sans passer par les urnes, repoussant ainsi la souveraineté populaire aux calendes grecques.
De son côté, la Primature ne reste pas les bras croisés. Des rapports persistants font état d’une stratégie plus souterraine : la mobilisation de rue financée. Pour contrer les velléités de l’opposition et asseoir sa propre autorité face au CPT, l’équipe au pouvoir est accusée de décaisser des sommes importantes pour « motiver » des groupes de militants.
L’objectif ? Créer un simulacre de soutien populaire ou, à l’inverse, une agitation contrôlée permettant de justifier l’impossibilité de quitter le pouvoir dans un tel chaos. Cette utilisation des fonds publics pour l’achat de loyautés de rue fragilise davantage une économie déjà exsangue et discrédite l’idée même de transition démocratique.
Vers une explosion ou un accord de couloir ?
À quelques jours du 7 février, le pays retient son souffle. Entre un CPT qui s’accroche, une Primature qui finance ses appuis et une opposition qui réclame deux ans de plus, le grand absent reste le peuple haïtien.
Le risque d’une « sortie sur le vide », comme le soulignent certains analystes, n’a jamais été aussi grand. Si aucun accord sincère n’est trouvé, le pays pourrait basculer dans une nouvelle spirale de violence où chaque camp utilisera sa propre « légitimité » pour contester celle de l’autre.
Le 7 février 2026 ne semble plus être une date de fin, mais le point de départ d’une nouvelle bataille pour le contrôle d’un État en sursis.
Echojounal echojounal.net