‎Haïti : Quand la police devient la cible, le calvaire des agents et de leurs familles dans les zones de droit de mort

Servir sous l’uniforme de la Police Nationale d’Haïti (PNH) relève aujourd’hui d’un héroïsme à haut risque. Mais habiter dans un quartier tombé sous la coupe réglée des gangs armés transforme cet engagement en une condamnation au cauchemar permanent pour les policiers ainsi que leurs proches. Dans ces zones contrôlées par les groupes criminels, la présence d’un agent de force de l’ordre est perçue par les bandits comme une provocation à éliminer.

‎L’histoire de la famille Emmanuel résume à elle seule la terreur aveugle qui frappe le quotidien des forces de l’ordre hors des commissariats.

‎Dans la nuit du jeudi 20 octobre 2022, aux environs de 22 heures, la terreur a franchi le seuil de la résidence familiale située à « Twa Rigol », une localité de la commune de Croix-des-Bouquets. Ce secteur était alors sous l’emprise du gang « Kraze Baryè », dirigé par le chef de bande recherché Vitelhomme Innocent. Ce soir-là, la maison abritait sept personnes, dont deux policiers : Emmanuel Gilbert et son fils Emmanuel Livenson.

‎Lourdement armés, les assaillants ont mené un assaut violent contre la demeure, ciblant directement les deux fonctionnaires de police. Face à la puissance de feu des assaillants, la maison s’est transformée en un piège mortel. Dans le chaos et la violence de l’attaque, les bandits ont enlevé Frantz Emmanuel, également fils du policier Emmanuel Gilbert et frère du policier Livenson.

‎Pendant que leur proche était emmené vers l’inconnu par les hommes armés, les six autres occupants de la maison n’ont eu d’autre choix que de fuir dans l’obscurité pour échapper à une exécution sommaire. Ils ont passé le reste de la nuit terrés au milieu d’un champ de bananes à proximité, usant de la végétation comme d’un mince bouclier contre les patrouilles des criminels.

‎Cet épisode tragique à « Twa Rigol » n’est malheureusement pas un cas isolé. Il illustre la vulnérabilité extrême dans laquelle vivent les policiers haïtiens lorsqu’ils regagnent leur domicile. Contraints pour beaucoup de cacher leur profession, de changer fréquemment d’itinéraire ou d’abandonner leur propre maison pour se réfugier dans des zones plus sûres, ces agents payent un lourd tribut humain. Leurs familles, devenues des cibles collatérales ou des moyens de pression, vivent dans la peur constante des représailles, du kidnapping ou de la mort.

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