En ce 1er janvier 2026, le rituel des vœux n’a pas échappé à la règle de l’hypocrisie diplomatique. Le chargé d’affaires américain, Henry T. Wooster, a adressé un message de solidarité au peuple haïtien. Mais derrière les mots lissés de « résilience » et d’« engagement constant », se cache la validation tacite d’un statu quo mortifère : celui d’une transition pilotée par le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et Alix Didier Fils-Aimé, dont l’échec est désormais total.
La stratégie de la perfusion matérielle
Le message américain insiste sur un fait d’armes : la livraison récente de 25 véhicules blindés. Une annonce qui sonne creux pour la population de Port-au-Prince, prisonnière des barricades de gangs qui, eux, ne semblent jamais manquer de munitions. En misant tout sur le matériel, Washington feint d’ignorer que le mal haïtien est politique.
À quoi servent des blindés neufs quand ils sont sous les ordres d’un gouvernement de fait, incapable de définir une stratégie sécuritaire cohérente et plus préoccupé par sa survie après l’échéance du 7 février ?
Des sanctions qui épargnent le cœur du pouvoir
Henry T. Wooster rappelle fièrement les sanctions contre les « acteurs de la déstabilisation ». Pourtant, le peuple observe avec amertume que ces mesures n’atteignent jamais les prédateurs installés au sommet de l’État.
Comment parler de « renforcement de la démocratie » quand les États-Unis continuent de soutenir un CPT où siège un Emmanuel Vertilaire, inculpé pour corruption et accusé de faire chanter des diplomates pour financer le luxe de sa famille à l’étranger ?
En fermant les yeux sur la décomposition interne du pouvoir de transition, la diplomatie américaine devient, malgré elle, la caution d’une « transition criminelle ».
7 Février : L’éléphant dans le salon de Washington
Le diplomate américain évoque le « relèvement national », mais évite soigneusement de nommer l’obstacle majeur : la fin de la légitimité d’Alix Didier Fils-Aimé et du CPT le 7 février prochain. En continuant de traiter avec cet exécutif moribond comme s’il était un partenaire d’avenir, Washington prépare le terrain à une nouvelle crise de souveraineté.
La « résilience » des Haïtiens, saluée par Wooster, n’est pas un choix, c’est une condamnation à la survie imposée par l’indifférence des élites locales et le calcul des puissances tutrices.
Le peuple haïtien n’a pas besoin de vœux de Nouvel An, il a besoin d’un État. Les blindés ne remplaceront jamais la légitimité. En s’entêtant à soutenir un attelage Fils-Aimé/CPT qui a échoué sur tous les fronts — de la sécurité aux élections — Washington ne fait que prolonger l’agonie d’une nation qui n’attend plus rien des promesses étrangères, mais tout d’une rupture radicale avec ses propres prédateurs.
Echojounal echojounal.net