En menaçant Nuuk de la « manière forte », Donald Trump confirme que sa politique étrangère ne s’embarrasse plus du droit international. Après avoir fait tomber le régime vénézuélien pour son pétrole, la Maison-Blanche jette désormais son dévolu sur les ressources du Groenland. Une stratégie de prédation qui glace le sang des alliés de Washington.
« Nous ne voulons pas être Américains. » Cette déclaration commune des partis groenlandais, publiée vendredi soir, sonne comme un cri de résistance. Mais derrière la fermeté de Nuuk se cache une angoisse légitime : celle de subir le même sort que le Venezuela.
Pour Donald Trump, la souveraineté semble être devenue une notion facultative, surtout lorsqu’elle fait obstacle aux intérêts énergétiques et miniers des États-Unis.
Le parallèle est inévitable et terrifiant. Il y a peine une semaine, le monde assistait, stupéfait, à l’opération militaire éclair ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro et à la mise sous tutelle de facto des réserves pétrolières vénézuéliennes par Washington. Sous couvert de « lutte contre le narcotrafic », Donald Trump a imposé son ordre dans les Caraïbes.
Aujourd’hui, c’est vers le Nord que le regard du président se tourne. En affirmant vouloir acquérir le Groenland par la « manière douce » ou la « manière forte », il transpose la même logique de cow-boy au cercle polaire. Si au Venezuela l’argument était la sécurité régionale, au Groenland, c’est le spectre de la « menace chinoise et russe » qui sert de prétexte à une possible annexion. Dans les deux cas, l’objectif reste identique : le contrôle des ressources — le pétrole au Sud, les terres rares et les minéraux critiques au Nord.
L’administration Trump ne s’en cache plus : elle « gère » désormais les relations internationales comme un portefeuille d’actifs.
Au Venezuela, on saisit les tankers et on dicte qui peut vendre le brut.
Au Groenland, on menace un allié de l’OTAN — le Danemark — de passer outre sa souveraineté si la « transaction » n’aboutit pas.
Cette méthode de l’ultimatum permanent transforme l’Arctique en une zone de non-droit potentiel. « On ne traite pas des populations comme des marchandises », a rappelé Copenhague. Mais pour un président qui vient de prouver à Caracas qu’il n’hésitait pas à utiliser la force pour « sécuriser » des actifs stratégiques, les principes démocratiques danois pèsent bien peu face aux gisements de l’île.
En s’attaquant au Groenland après avoir « réglé » le cas vénézuélien, Donald Trump lance un défi existentiel à l’Europe. Si la Première ministre Mette Frederiksen avertit qu’une agression américaine signifierait « la fin de tout » pour l’OTAN, le précédent vénézuélien montre que les avertissements verbaux n’arrêtent pas l’actuel occupant de la Maison-Blanche.
Le Groenland n’est pas qu’une île de glace ; c’est aujourd’hui le rempart contre un néo-impérialisme décomplexé. Si la communauté internationale laisse faire à Nuuk ce qu’elle a toléré à Caracas, c’est l’ordre mondial tout entier qui basculera définitivement dans la loi du plus fort.
Echojounal echojounal.net