Le Cap-Haïtien sous les eaux : Chronique d’un naufrage urbain et d’une faillite politique

Après les récentes averses qui ont balayé le Nord, la deuxième ville du pays s’est réveillée totalement paralysée. Entre rues transformées en rivières de boue et activités économiques au point mort, le Cap-Haïtien offre le spectacle désolant d’une cité abandonnée, relançant le procès du Conseil Présidentiel de Transition chacun a son tour (CPT) et de ses représentants régionaux.

​La cité christophienne est à l’arrêt. Ce lundi, rien ne fonctionne au Cap-Haïtien. Les dernières pluies ont suffi à rendre la ville totalement impraticable, exposant une fois de plus l’échec cuisant des politiques d’urbanisation et d’aménagement du territoire. Pour les Capois, le ras-le-bol a atteint son paroxysme : après 22 mois de gestion intérimaire, le bilan pour la région Nord est jugé nul.

​Le visage que montre le Cap-Haïtien après chaque intempérie est perçu comme le symbole de l’impuissance, voire du gaspillage de l’administration actuelle. Malgré d’importantes ressources financières qui auraient été mobilisées par le CPT, aucun projet tangible d’assainissement ou d’infrastructure n’est venu soulager la deuxième ville du pays.

​« Tout est bloqué. On nous parle de transition, mais nous ne voyons que la dégradation de notre cadre de vie », s’insurge un commerçant du centre-ville, les pieds dans l’eau. Cette ville, pourtant vitrine historique et touristique ouverte sur le monde, semble s’enfoncer dans l’insalubrité sous le regard indifférent de Port-au-Prince.

​L’indignation populaire se cristallise particulièrement sur les membres du CPT originaires de la région. Le conseiller Emmanuel Vertilaire, déjà sous le coup d’une inculpation pour corruption, est la cible de vives critiques. Ses récentes félicitations adressées à Taïwan pour un don de 200 000 dollars destiné à la ville ont été accueillies avec dédain par de nombreux secteurs locaux.

​Pour les observateurs, ce montant est dérisoire face aux besoins structurels de la cité. On reproche surtout au conseiller son influence sur des institutions stratégiques qui, malgré ses parrainages, brillent par leur inefficacité dans le Nord :

  • Le Ministère de l’Agriculture : Absent des grands chantiers de drainage des plaines environnantes.
  • La DINEPA et l’ONA : Deux institutions dont les directions générales, pourtant proches du conseiller Vertilaire, n’ont lancé aucun projet significatif pour améliorer l’accès à l’eau ou le soutien social dans la région.

​Alors que la cité christophienne devrait être le moteur économique du Grand Nord, elle se retrouve otage d’une gestion qualifiée de « démagogique ». Le contraste entre les discours officiels de reconstruction et la réalité des rues inondées est saisissant.

​Face à cette paralysie totale, la population du Cap-Haïtien n’exige plus de simples dons ou des messages sur les réseaux sociaux, mais une véritable reddition de comptes. Le CPT, dont le mandat s’étire sans résultats probants pour les provinces, joue désormais sa crédibilité dans les eaux boueuses de la rue 24.

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