Le CPT, entre dialogue de façade et stratégie de survie

À l’approche du 7 février 2026, l’air devient irrespirable à la Villa d’Accueil. À seulement 20 jours de l’échéance constitutionnelle censée marquer la fin de sa mission, le Conseil Présidentiel de Transition chacun a son tour (CPT) vient de lancer un « dialogue politique national ». Derrière ce titre pompeux se cache une réalité qui fait grincer les dents : une instance à bout de souffle qui tente de négocier sa propre survie avec des alliés de circonstance.

‎​Un dialogue entre soi : le piège du « juge et partie »
‎​Le principal reproche qui fuse des secteurs de la société civile et de l’opposition non alignée est limpide : comment le CPT peut-il être l’organisateur, l’arbitre et le bénéficiaire de ce dialogue ?

‎​En recevant des structures comme EDE, « Pitit Dessalin », ou l’Accord du 21 décembre — dont certains membres sont les parrains politiques des conseillers-présidents actuels — le CPT s’enferme dans un cercle vicieux. On n’assiste pas à une recherche de solution nationale, mais à une réunion de famille où l’on discute de la meilleure façon de garder les clés de la maison. En s’autoproclamant médiateur de sa propre succession, le Conseil bafoue le principe élémentaire d’impartialité.

‎​Le bilan de l’échec : une mission sacrifiée
‎​Pour beaucoup, ce dialogue est une diversion malvenue pour masquer un bilan plus qu’amer. Les trois piliers de la transition sont aujourd’hui des chantiers en ruine :
‎​Sécurité : Les gangs contrôlent toujours une part hégémonique de la capitale et des axes routiers.
‎​Élections : Le calendrier électoral reste flou, et la confiance envers le Conseil Électoral Provisoire (CEP) est quasi inexistante.
‎​Stabilité : Le pays est plus fragmenté que jamais.

‎​Prétendre aujourd’hui vouloir « garantir la continuité du processus » alors que celui-ci n’a jamais vraiment démarré relève, pour ses détracteurs, de l’ironie pure. Le CPT demande une prolongation pour achever une mission qu’il a été incapable de porter pendant des mois de querelles intestines et de scandales de corruption.

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‎​Le « Consensus Haïtien » prôné par la Villa d’Accueil ressemble étrangement à un partage de gâteau. En invitant lundi les blocs Montana et du 21 décembre, le CPT espère acheter une paix politique à court terme pour franchir le cap du 7 février sans heurts majeurs.

‎​Mais peut-on construire la stabilité sur un socle d’échecs ? La population haïtienne, lasse des transitions qui se prolongent indéfiniment, voit dans cette manœuvre une tentative de « glissement » (prolongation de mandat sans élection).

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‎​Le CPT est aujourd’hui au pied du mur. En s’érigeant en juge et partie, il s’isole un peu plus de la légitimité populaire. Si le dialogue ne s’ouvre pas réellement à ceux qui critiquent sa gestion et si aucun sacrifice de pouvoir n’est consenti, le 7 février 2026 ne sera pas le jour de la stabilité, mais celui d’une nouvelle rupture de confiance, peut-être fatale.

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