Alors que le rideau s’apprête à tomber sur une transition marquée par l’impuissance, le Conseil Présidentiel de Transition chacun a son tour (CPT) tente une dernière manœuvre désespérée : museler la presse. Plutôt que de livrer un bilan sécuritaire ou électoral, le Conseil choisit de livrer une guerre aux journalistes.
À quelques jours de l’échéance fatidique du 7 février 2026, le constat est sans appel : le CPT aura réussi l’exploit de ne rien réussir. Port-au-Prince demeure sous la coupe réglée des gangs, l’économie est en lambeaux et les élections promises ressemblent à un mirage lointain.
Pourtant, c’est dans ce chaos, au milieu des décombres de leur propre échec, que les membres du Conseil ont trouvé le temps de peaufiner une arme législative liberticide : le décret du 18 décembre 2025.
Le texte, dénoncé avec force par le Committee to Protect Journalists (CPJ) et la Fondasyon Je Klere (FJKL), ne se contente pas d’encadrer la parole ; il la criminalise. En élargissant les dispositions pénales relatives à la diffamation et en introduisant des peines allant jusqu’à 20 ans de travaux forcés pour des offenses aux « emblèmes nationaux », le CPT ressuscite les vieux démons de la dictature.
Comment ne pas y voir une tentative de « blindage » juridique ?
En durcissant les lois sur la diffamation au moment même où leur immunité politique vacille, les conseillers présidentiels semblent vouloir s’offrir un bouclier contre les enquêtes futures. Ils veulent punir ceux qui oseraient documenter la gabegie administrative ou les scandales de corruption qui ont émaillé cette transition.
Un bilan « nul et catastrophique »
Il y a une indécence flagrante à vouloir régenter la liberté d’expression quand on a été incapable de garantir le premier des droits humains : le droit à la vie. Alors que des quartiers entiers sont tombés sous contrôle criminel durant leur mandat, la priorité du CPT n’est plus de traquer les bandits, mais de traquer les mots.
Le message envoyé à la population est clair : « Nous avons échoué à vous protéger, mais nous ne vous permettrons pas de le dire. »
L’appel du CPJ pour un retrait immédiat de ce document est plus qu’une demande technique ; c’est un cri de ralliement pour la démocratie haïtienne. La liberté de la presse a été conquise au prix du sang et de luttes acharnées contre les régimes de fer. Elle ne saurait être bradée par un pouvoir de transition sans légitimité populaire et dont le chronomètre affiche désormais zéro.
Le CPT partira, c’est une certitude. Reste à savoir s’il partira en laissant derrière lui le souvenir d’une simple incompétence, ou celui d’une trahison profonde des principes républicains. Pour l’heure, en choisissant la voie du bâillon, il a déjà choisi son camp : celui de l’ombre contre la lumière.
« Aucun permis ni censure préalable ne peut être établi pour l’exercice de la liberté de la presse. » — Article 28 de la Constitution de 1987.
Echojounal echojounal.net