« Quand le kompa haïtien devient patrimoine du monde »

Il arrive parfois qu’un pays, malgré les secousses de son histoire, parvienne à projeter dans le monde une lumière qui lui est propre. Avec l’inscription du kompa haïtien au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, Haïti offre aujourd’hui à la planète plus qu’un rythme : un récit, une mémoire, une façon de tenir debout.

Car le kompa n’est pas une simple musique qui s’écoute ; c’est une musique qui rassemble, qui respire, qui porte le poids et la joie d’un peuple. Né dans les années 1950, façonné par Nemours Jean-Baptiste et porté par des générations d’artistes, le kompa a traversé les frontières comme il a traversé les époques : avec une élégance têtue et une capacité rare à fédérer.

De Port-au-Prince aux diasporas dispersées, il a été l’accompagnement des fêtes, des luttes, des amours et des espoirs. Il a servi de lien dans les moments où les mots devenaient trop lourds ou trop fragiles. Dans les bals, les rues, les radios artisanales, le kompa a fait office de langue commune, de refuge intime, d’acte de résistance culturelle.

Que cette musique, longtemps reléguée aux marges du regard international, soit aujourd’hui reconnue par l’UNESCO n’est pas un simple geste symbolique. C’est une manière de rappeler que les cultures populaires, les rythmes nés loin des centres légitimés, portent en elles une force patrimoniale aussi essentielle que les grandes traditions savantes.

C’est aussi une victoire affective pour un pays souvent réduit dans l’imaginaire mondial à ses crises et à ses naufrages. L’entrée du kompa dans le patrimoine de l’humanité dit quelque chose d’autre : elle affirme la créativité, la dignité et la puissance culturelle d’Haïti.

Le kompa rejoint ainsi la grande famille des sons qui racontent d’où l’on vient et comment l’on vit. Mais surtout, il s’offre désormais au monde avec une reconnaissance officielle, sans rien perdre de cette chaleur, de cette sensualité et de cette vitalité qui l’ont toujours fait vibrer.

Et dans ce geste, il y a peut-être une leçon : les patrimoines les plus précieux sont parfois ceux qui naissent d’un besoin simple et presque universel ; celui de danser ensemble pour ne pas perdre le fil de la vie.

Smith PRINVIL

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