Haïti/Infrastructure : Un ruban inauguré sur fond de fin de mandat et de soupçons de corruption

Entre les sourires de circonstance et les coupures de rubans, l’inauguration du tronçon Hinche/Saint-Raphaël par le duo Laurent Saint Cyr et Alix Didier Fils-Aimé laisse un goût amer à une population qui ne voit dans ces cérémonies que le « chant du cygne » d’une transition contestée.

​Si le coût de 58 millions d’euros (financé par l’UE et l’AFD) est impressionnant sur papier, il souligne surtout une dépendance totale envers l’international. Pour de nombreux observateurs, cette inauguration n’est qu’une façade destinée à masquer un bilan quasi nul en matière de sécurité et de stabilité politique. Alors que les membres du Conseil de Transition chacun a son tour (CPT) voient leurs jours comptés à la tête de l’État, la précipitation à inaugurer des projets financés par l’étranger ressemble davantage à une tentative de s’attribuer un héritage qu’ils n’ont pas construit.

​Le secteur des infrastructures en Haïti est historiquement lié à des scandales de surfacturation et de détournements. Dans les rues de Hinche comme à Port-au-Prince, les critiques fusent :

  • Transparence opaque : Malgré les montants colossaux, la qualité des travaux et les processus d’appels d’offres restent des zones d’ombre.
  • Priorités inversées : On inaugure des routes alors que les gangs contrôlent les accès principaux, rendant ces nouvelles voies parfois inutilisables ou dangereuses pour les citoyens ordinaires.
  • L’œuvre de la transition : Pour beaucoup, la « seule œuvre » palpable de ce conseil restera l’accélération de la dégradation institutionnelle, entachée par des accusations de corruption interne qui ont affaibli la crédibilité du CPT dès ses premiers mois.

​Le temps presse pour Laurent Saint Cyr et ses collègues. Cette sortie dans le Nord ressemble à une opération de relations publiques de dernière minute. Alors que la pression pour des élections ou une nouvelle configuration politique augmente, le CPT tente de prouver son utilité. Mais le contraste est frappant : d’un côté, le bitume neuf de la RN3 ; de l’autre, un pays qui s’enfonce dans une crise humanitaire et sécuritaire que les discours officiels ne parviennent plus à cacher.

L’histoire retiendra peut-être la route, mais le peuple, lui, semble déjà avoir tourné la page d’une transition qu’il juge déconnectée de ses souffrances quotidiennes.

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