Hydrocarbures en Haïti : Le RHAJAC appelle à briser la dépendance de l’État face aux importateurs privés

Face aux récurrentes tensions sur le marché des combustibles, le Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC) tire la sonnette d’alarme. Dans une note de presse publiée ce vendredi, l’organisation dénonce la dépendance structurelle de l’État haïtien vis-à-vis d’un groupe restreint de compagnies privées d’importation et de distribution de pétrole, appelant les autorités à reprendre la main sur la régulation du secteur.

Au cœur du problème identifié par le RHAJAC : le mécanisme de fixation des prix à la pompe. Si la gazoline est actuellement vendue à 700 gourdes le gallon (3,8 litres) sans que l’État ne perçoive de taxes, le diesel, affiché à 770 gourdes, coûte cher au Trésor public. Selon une enquête menée par le réseau de journalistes, l’État doit verser une compensation d’environ 20 gourdes par gallon de diesel aux compagnies privées pour maintenir ce Tarif.

Cette mécanique financière place l’État dans une position inconfortable. En cas de retard dans le versement de ces compensations, les acteurs privés réduisent ou interrompent leurs approvisionnements, provoquant un rationnement artificiel ou l’introduction de carburant de qualité inférieure sur le marché national.

La note signée par le secrétaire général du RHAJAC, Djovany Michel, met également en lumière un blocage d’ordre monétaire. Pour effectuer ses propres commandes directes de carburant, l’État doit mobiliser d’importantes réserves en dollars américains. Or, les principaux importateurs du secteur — parmi lesquels DINASA, Sol Haïti, Bandari Corporation, CapInvest, Kimazou et DNC — entretiennent des liens étroits avec les banques commerciales du pays.

Selon le RHAJAC, cette proximité offre aux acteurs privés la capacité d’influencer la disponibilité du dollar sur le marché local, compliquant davantage la tâche de l’État lorsqu’il cherche à financer ses propres achats à l’étranger.

Les pistes de réforme proposées
Sans préconiser une nationalisation totale du secteur, le RHAJAC estime que l’État doit impérativement renforcer sa capacité de contrôle et assainir la gestion des devises. L’organisation formule plusieurs recommandations clés :

– Mise en concurrence internationale : Lancer des appels d’offres internationaux transparents pour ouvrir le marché et diversifier les fournisseurs au-delà des opérateurs traditionnels.

– Création d’une réserve stratégique : Constituer un stock national de sécurité pour amortir les chocs d’approvisionnement et éviter les pénuries soudaines.

– Transparence monétaire : Exiger du Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) et de la Banque de la République d’Haïti (BRH) la mise en place d’un mécanisme traçable pour l’allocation des dollars destinés au secteur pétrolier, avec publication régulière des données.

* Réforme ciblée des subventions : Réformer progressivement le système d’aide financière tout en mettant en place des protections directes pour le transport public et les ménages les plus vulnérables.

« L’État n’a pas besoin de devenir l’unique importateur de carburant. Il doit cependant renforcer sa capacité de régulation, garantir la concurrence, assurer la transparence des compensations, sécuriser l’accès aux devises et protéger l’approvisionnement énergétique du pays », conclut la note du RHAJAC.

About Emmanuel Hubert

Check Also

Haïti prône une coopération caribéenne renforcée pour le financement de la résilience climatique 

Haïti a appelé mercredi à une accélération de la coopération régionale pour financer le développement …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partager
Partager