Cinq ans après le choc. Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, le président Jovenel Moïse était assassiné dans sa résidence privée, plongeant Haïti dans une ère d’incertitude absolue. À l’occasion de ce triste cinquième anniversaire, l’organisation de défense des droits humains Collectif Défenseurs Plus est sortie du silence pour honorer la mémoire du chef d’État défunt, tout en dressant un bilan alarmant de la situation nationale.
Entre une justice haïtienne enlisée, une crise humanitaire aiguë et une absence prolongée de légitimité démocratique, le constat est sans appel : Haïti s’enfonce.
Un système judiciaire haïtien à la traîne face aux tribunaux américains
L’assassinat de Jovenel Moïse reste le symbole le plus frappant de l’effondrement de l’appareil étatique haïtien. Si le système judiciaire américain a su mener des enquêtes à terme, débouchant sur la condamnation de plusieurs suspects sur son sol, le tribunal de première instance de Port-au-Prince stagne. Les auteurs intellectuels et les commanditaires courent toujours.
Le Collectif Défenseurs Plus a néanmoins tenu à saluer les efforts récents :
Reconnaissance des avancées américaines : Ces condamnations à l’étranger sont jugées comme une étape cruciale contre l’impunité, bien qu’elles ne dédouanent en rien l’État haïtien de ses responsabilités.
Soutien à la magistrature locale : Le Collectif encourage le juge Jean Denis Cyprien, désigné par la Cour d’appel de Port-au-Prince pour un supplément d’informations, à poursuivre l’instruction avec « indépendance, impartialité et diligence ».
« Les avancées aux États-Unis ne remplaceront jamais la responsabilité de la justice haïtienne de faire toute la lumière sur ce dossier », rappelle fermement l’organisation.
Depuis ce magnicide, les failles sécuritaires n’ont cessé de s’élargir. Les groupes armés ont profité du vide politique pour étendre leur contrôle sur plusieurs départements, imposant la terreur au quotidien : massacres, enlèvements, viols et déplacements forcés de populations.
Parallèlement, la crise de légitimité politique paralyse le pays. Près de dix ans après les dernières élections générales, Haïti est dirigée par des autorités de transition successives, sans aucun élu légitime à la tête de l’État.
Les 4 recommandations clés de Défenseurs Plus pour sortir de l’impasse
Pour briser ce cercle vicieux, le Collectif exhorte les autorités actuelles et la communauté internationale à agir sur quatre fronts prioritaires :
Justice pour Jovenel Moïse Accélérer l’instruction pour juger tous les auteurs matériels, intellectuels et complices.
Réforme judiciaire Renforcer les capacités des tribunaux locaux et accentuer la coopération internationale.
Sécurité nationale Déployer un plan d’action immédiat pour reprendre le contrôle du territoire face aux gangs.
Retour à l’ordre Publier rapidement un calendrier électoral crédible pour des scrutins libres et inclusifs.
Pour le Collectif Défenseurs Plus, l’équation reste simple mais exigeante : il n’y aura pas de sortie de crise durable sans le triptyque indissociable d’une justice forte, d’une sécurité rétablie et du retour de la souveraineté populaire par les urnes. Cinq ans après le drame, le peuple haïtien attend toujours que l’histoire s’éclaire et que l’État renaisse.
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