La plaine du Cul-de-Sac s’enfonce chaque jour un peu plus dans l’horreur. Hier, le quartier de Sarthe a été le théâtre de violents affrontements entre gangs rivaux, coûtant la vie à Sainvilus Josué, un adolescent dont le seul tort a été de se trouver sur la trajectoire de la violence aveugle qui ronge la région. Le jeune homme était un joueur de football de la Fondation d’Appui au Développement du Sport en Haïti (FONDAPS).
Ce nouveau drame illustre de manière tragique la situation sécuritaire, qui reste désespérément critique dans toute la plaine du Cul-de-Sac, une zone stratégique transformée en champ de bataille permanent par les groupes armés.
La mort brutale de ce jeune sportif a suscité une vive vague d’indignation, notamment de la part du secteur privé des affaires, durement touché par l’insécurité dans cette périphérie de la capitale. Delphine Gardère, Présidente-Directrice Générale de la Société du Rhum Barbancourt, a publiquement dénoncé la faillite des autorités actuelles.
Qualifiant le pouvoir en place de « de facto » et d’« affaibli dans sa mission », la chef d’entreprise n’a pas mâché ses mots pour désigner les coupables institutionnels de ce drame :
« L’État est le premier responsable de cet assassinat », a martelé Mme Gardère. « Un État qui ne protège pas ses enfants, ses écoles, ses terrains de sport et ses quartiers a manqué à sa mission. »
Tout en exprimant sa solidarité et ses pensées envers la famille de la victime, la PDG de Barbancourt a interpellé les dirigeants sur leur passivité face à l’hécatombe : « Combien de Josué faudra-t-il encore pleurer avant que ceux qui détiennent le pouvoir agissent pour assumer leurs responsabilités ? »
Au-delà du cas de Sarthe, c’est l’ensemble de la plaine du Cul-de-Sac qui vit sous le joug d’une terreur quotidienne. Depuis plusieurs mois, la situation y demeure extrêmement volatile. Les axes routiers majeurs sont régulièrement coupés par les factions armées, paralysant l’économie et isolant la capitale du reste du pays.
Dans ces quartiers, l’accès aux services de base est devenu un luxe. Les écoles fonctionnent par intermittence, les entreprises tournent au ralenti ou ferment leurs portes, et les espaces de loisirs ou de sport — autrefois refuges pour une jeunesse en quête d’avenir — sont désormais désertés ou transformés en lignes de front.
Malgré les promesses répétées de restauration de l’ordre, les interventions policières locales et les dispositifs de sécurité peinent à inverser la tendance. Pour les habitants du Cul-de-Sac, la mort de Sainvilus Josué est un rappel cruel qu’en l’absence d’une réponse étatique rigoureuse et d’un plan de contingence global, la jeunesse haïtienne continue de payer le prix fort d’une crise qui n’en finit pas.
Echojounal echojounal.net