Ce lundi 18 mai 2026, l’histoire officielle retiendra qu’Haïti a célébré le 223e anniversaire de son drapeau. Mais la mémoire populaire, elle, retiendra une capitulation symbolique. En orchestrant une cérémonie calfeutrée derrière les grilles ultra-sécurisées du Palais National plutôt que de se rendre à l’Arcahaie, la cité du drapeau, le gouvernement de facto d’Alix Didier Fils-Aimé a envoyé un signal de faiblesse absolu : l’État recule, les gangs trônent.
C’est un spectacle qui se voulait solennel, mais qui transpirait la peur. Sur les pelouses du Palais National, les hauts dignitaires de l’État, le Haut État-major des Forces Armées d’Haïti (FAd’H) mené par le Lieutenant-Général Derby Guerrier, et le Directeur Général a.i. de la Police Nationale (PNH), Vladimir Paraison, étaient tous alignés. Costumes sombres, visages fermés, discours convenus. Autour d’eux, quelques élèves triés sur le volet et le corps diplomatique sont venus valider une mise en scène hors-sol.
Le thème de cette année se voulait pourtant ambitieux : « Ansanm ak grenadye yo, ann fè drapo a flote pi wo ! », surfant sur la qualification d’Haïti au Mondial 2026. Mais comment oser parler de faire flotter le drapeau « plus haut » quand le gouvernement n’est même plus capable de le faire flotter là où il est né ?
Fêter le 18 mai au Palais National est une anomalie historique et un aveu d’impuissance. Depuis 1803, l’Arcahaie est le berceau de notre emblème national. C’est là que Jean-Jacques Dessalines a arraché le blanc du drapeau français et que Catherine Flon a cousu notre liberté.
En choisissant de s’enfermer à double tour dans la capitale, le Premier Ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé et son administration piétinent ce patrimoine historique. La raison de cet exil intérieur n’est un secret pour personne : la route nationale menant à la cité du drapeau est sous la coupe réglée de gangs armés. Le gouvernement, incapable de sécuriser un axe routier pour ses propres officiels, a préféré fuir le terrain de l’histoire pour se réfugier dans son bunker de béton.
« C’est une honte nationale », s’insurge un leader communautaire de l’Arcahaie sous anonymat. « Nos ancêtres ont défié l’armée la plus puissante du monde pour nous donner ce drapeau. Aujourd’hui, nos dirigeants se cachent derrière des blindés à Port-au-Prince parce qu’ils ont peur de quelques bandes armées. L’Arcahaie a été abandonnée à son sort. »
Pourtant, dans son allocution, le Premier Ministre Fils-Aimé n’a pas manqué d’audace. Il a qualifié le 18 mai 1803 d’« acte sublime de l’histoire universelle » et a insisté sur le fait que « c’est le courage, la vision et l’unité qui ont permis aux ancêtres de remporter la victoire ».
Une rhétorique qui frise le cynisme. Où est le courage quand on capitule face à la géographie de la terreur ? Où est la vision quand on se contente de gérer les affaires courantes depuis un périmètre ultra-sécurisé ?
Le Premier Ministre a également réitéré, pour la énième fois, son engagement à « lutter contre les gangs armés afin de créer un climat favorable à l’organisation des élections ». Mais les paroles ne suffisent plus à masquer la réalité du terrain. Ce 18 mai 2026 restera le symbole d’une souveraineté confinée. En refusant de marcher sur les traces de Dessalines à l’Arcahaie, le pouvoir de facto a démontré que, pour l’instant, ce ne sont pas les Grenadiers qui mènent le jeu, mais bien la peur.
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