Dans un climat de tension extrême marqué par l’extension de l’état d’urgence, le dernier Conseil des ministres a accouché d’un remaniement d’envergure. Si la liste des nouveaux visages est longue, le signal envoyé semble clair : l’heure n’est plus à la distribution de prébendes politiques, mais à l’efficacité de crise.
C’est un séisme administratif qui s’est produit ce lundi. Onze ministres et sept directeurs généraux ont été nommés, redessinant quasi intégralement l’architecture du pouvoir exécutif. Mais au-delà de la valse des noms, c’est le ton de ce remaniement qui interpelle. Selon des sources proches de la Primature, ce mouvement marquerait la fin de la politique du « partage du gâteau » — cette tradition haïtienne consistant à distribuer les ministères comme des récompenses aux alliés politiques plutôt qu’à des technocrates chevronnés.
L’arrivée de Mario Andrésol à la Défense en est le symbole le plus frappant. Ancien chef de la police, son profil est celui d’un homme de terrain, loin des salons diplomatiques où se négocient d’ordinaire les maroquins. Il devra travailler de concert avec Moïse Louis (Environnement) et Joseph Almathe Pierre-Louis (MTPTC) dans un contexte où trois départements clés — l’Artibonite, l’Ouest et le Centre — viennent d’être placés sous le régime de l’état d’urgence.
D’autres nominations, comme celle de Raina Forbin aux Affaires Étrangères ou de Vijonet Déméro à l’Éducation, suggèrent une volonté de placer des figures à la réputation de « techniciens » pour rassurer une population épuisée et une communauté internationale aux aguets.
L’État d’Urgence : Le Test de Vérité
La nomination de sept nouveaux directeurs généraux à la tête d’organismes stratégiques (AAN, OFNAC, OAVCT, SNGRS) vient compléter ce grand ménage. En remplaçant les têtes pensantes de ces institutions, le gouvernement semble vouloir briser les baronnies qui entravent souvent l’action publique.
Le défi est immense. L’arrêté décrétant l’état d’urgence dans les départements de l’Artibonite, de l’Ouest et du Centre ne laisse aucune place à l’amateurisme. Le nouveau ministre de la Communication, Emmanuel Ménard, secondé par le secrétaire d’État Patrick Chrispin, aura la lourde tâche de justifier ces mesures d’exception auprès d’une opinion publique qui attend désormais des résultats concrets en matière de sécurité et de services de base.
Si le « partage du gâteau » est bel et bien terminé, les nouveaux élus n’auront pas de période de grâce. Dans un pays où l’urgence est la norme, ils sont condamnés à réussir, et ce, dès leur installation.
Ce remaniement intervient alors que la pression pour la stabilisation du pays n’a jamais été aussi forte. La composition de cette équipe « commando » sera jugée à l’aune de sa capacité à reprendre le contrôle des territoires sous influence.
Echojounal echojounal.net