Haïti/Transition : Alix Didier Fils-Aimé installe son cabinet sur fond de polémique

Dans une atmosphère empreinte d’urgence et de scepticisme, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a officiellement installé son nouveau gouvernement à la Villa d’Accueil. Si le chef de la Primature appelle à l’« unité nationale », la composition de son équipe, marquée par une forte coloration politique au détriment de l’expertise technique promise, soulève déjà une vague de critiques.

​L’image se voulait celle d’un nouveau départ. Onze nouveaux visages ont fait leur entrée au sein de l’exécutif haïtien, rejoignant les rangs d’un gouvernement remanié sous la houlette d’Alix Didier Fils-Aimé. Lors de la cérémonie, le Premier ministre n’a pas mâché ses mots : l’heure est à l’action. « Le temps presse », a-t-il martelé, invitant ses ministres à s’attaquer sans délai aux chantiers prioritaires de la sécurité et de l’organisation des élections.

​Pourtant, derrière le protocole, le malaise est palpable. L’opinion publique et plusieurs observateurs politiques pointent du doigt une contradiction majeure entre les actes et les discours passés. Dans son message à la Nation le 7 février dernier, le Premier ministre s’était pourtant engagé à former un cabinet « essentiellement composé de technocrates », censés être à l’abri des querelles partisanes pour mener à bien la transition.

​À l’heure du bilan, le constat est sévère : seul le ministre de l’Environnement semble jouir d’un profil répondant aux critères technocratiques annoncés. Pour le reste, les nominations ressemblent davantage à un savant dosage politique, fruit de négociations serrées avec les différents secteurs représentés au sein de l’échiquier national.

​Cette « politisation » du gouvernement ne heurte pas seulement l’opinion ; elle semble également s’affranchir du cadre légal de la transition. L’article 3 du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections conférait explicitement au Premier ministre la prérogative de choisir des experts indépendants. En cédant aux pressions des partis, Alix Didier Fils-Aimé est accusé par ses détracteurs d’avoir sacrifié l’efficacité technique sur l’autel de la paix politique.

​« On nous avait promis des chirurgiens pour opérer un pays en état d’urgence, on nous livre des politiciens de carrière », regrette un analyste politique présent lors de l’installation.

​Face à la gronde, le chef du gouvernement mise sur la carte du rassemblement. Son appel à l’unité nationale se veut une réponse à la fragmentation qui paralyse le pays. Mais dans une capitale contrôlée à 90 % par les gangs et une population exsangue, les discours ne suffiront plus.

​Le nouveau gouvernement est désormais au pied du mur. Entre le respect des textes et la réalité du terrain, la marge de manœuvre d’Alix Didier Fils-Aimé semble plus étroite que jamais. La réussite de cette équipe ne se jugera pas sur les CV de ses membres, mais sur sa capacité à rétablir un climat sécuritaire permettant, enfin, le retour aux urnes.

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