Alors que l’Allemagne vient de confirmer un soutien aérien majeur de sa Bundeswehr pour appuyer le déploiement de la Force de répression des gangs (GSF) et la mission des Nations Unies (UNSOH), sur le terrain, l’enthousiasme laisse place à une vive amertume. Dans le département de l’Artibonite, véritable grenier à grain du pays asphyxié par la terreur, plusieurs voix locales s’élèvent avec véhémence contre les choix logistiques et stratégiques de la force internationale.
Au cœur des griefs : la décision des responsables de la mission de baser une part importante des effectifs et des infrastructures logistiques aux Gonaïves, une zone jugée relativement calme, au détriment des secteurs de Saint-Marc et de la vallée de l’Artibonite, aujourd’hui sous l’emprise quasi totale des groupes armés.
Pour les résidents et les leaders communautaires de la région, la décision passe mal, voire pour une véritable trahison stratégique. Depuis plusieurs années, la population de Bas-Artibonite subit les exactions répétées de deux des coalitions criminelles les plus redoutables du pays : « Gran Grif » de Savien et le groupe « Kokorat San Ras ». Massacres, kidnappings, viols, pillages de récoltes et détours de convois commerciaux sont le quotidien des habitants le long de la Route Nationale #1.
« On nous annonce du renfort logistique et des avions allemands pour appuyer la mission, mais à quoi bon si les troupes refusent d’aller là où le sang coule ? » s’insurge un représentant d’une organisation de la société civile de Saint-Marc sous couvert d’anonymat.
« Le danger immédiat se trouve entre Savien, Petite-Rivière-de-l’Artibonite, Estère et Saint-Marc. Installer le quartier général ou les bases logistiques aux Gonaïves, là où la situation est bien plus sous contrôle, relève du non-sens tactique. »
Dans les marchés publics et sur les ondes des radios locales, l’incompréhension est palpable. Pour de nombreux observateurs locaux, la présence physique de la force multinationale à proximité immédiate des fiefs de « Gran Grif » et de « Kokorat San Ras » constituerait un signal fort et permettrait une intervention rapide en cas d’attaque contre des civils.
En s’implantant plus au nord, aux Gonaïves, la force internationale s’impose des délais de route et des contraintes logistiques qui risquent d’affaiblir considérablement sa réactivité face à des bandits très mobiles et parfaitement implantés dans la zone rurale de Savien.
Alors que l’Allemagne déploie ses moyens aériens stratégiques pour acheminer matériel et contingent sous mandat de l’ONU, les acteurs de la société civile de l’Artibonite exhortent le commandement de la GSF et les responsables de l’UNSOH à revoir d’urgence leur maillage territorial.
Sans un recentrage immédiat des forces au plus près des foyers de tension — notamment entre Saint-Marc, Liancourt et Petite-Rivière —, la population craint que cette nouvelle aide internationale ne change rien au calvaire quotidien des habitants de la vallée.
Echojounal echojounal.net