Affaire des FAd’H : Révocations pour vol ou règlement de comptes après des dénonciations internes ?

Ce vendredi 5 juin 2026, le ministère de la Défense a annoncé avec fracas le renvoi de deux soldats de première classe des Forces armées d’Haïti (FAd’H), Walner Saint-Dic et Dimitry Nevil. Officiellement, une enquête administrative les accuse du vol de quatre sacs de sucre et d’actes d’intimidation envers un citoyen.

Lors d’une cérémonie officielle à la base militaire Vertières, le ministre de la Défense, Mario Andrésol, a salué le professionnalisme du Haut État-Major. Il a martelé que cette sanction illustrait la volonté ferme de l’institution de combattre « sans complaisance » la corruption et les abus d’autorité. Cependant, les coulisses de cette affaire révèlent une réalité bien plus complexe et contestée.

Dans les rues de la capitale, l’annonce a rapidement suscité l’étonnement, voire le scepticisme. Pour de nombreux citoyens, le motif invoqué — le vol de quatre sacs de sucre par des militaires en service — paraît dérisoire, voire flou. Comment et pourquoi des soldats de première classe se seraient-ils exposés à une radiation pour un tel butin ? Ce décalage entre la gravité de la sanction et la nature du délit présumé pousse l’opinion publique à s’interroger sur les véritables dessous de l’affaire.

L’affaire prend une tournure explosive à la lumière des déclarations de sources proches des deux soldats destitués. Selon ces témoignages, Saint-Dic et Nevil ne seraient pas des voleurs, mais des lanceurs d’alerte victimes d’un coup monté.

Ces sources affirment que les deux militaires auraient été révoqués pour avoir dénoncé des pratiques graves au sein de la caserne. Ils auraient notamment pointé du doigt des membres du haut commandement qui utiliseraient des femmes à des fins personnelles et abusives. Leurs proches soutiennent ainsi que l’accusation de vol de sucre n’est qu’un prétexte grossier utilisé par la hiérarchie pour les faire taire et masquer un abus d’autorité flagrant.

Si la thèse du règlement de comptes s’avérait fondée, la question des droits de ces soldats se poserait avec acuité. Quels sont leurs recours dans une institution militaire traditionnellement rigide ?

Sur le plan administratif : Les soldats révoqués peuvent, en principe, contester la décision par un recours gracieux devant le ministère, ou saisir la justice administrative pour excès de pouvoir, afin de demander l’annulation de leur renvoi si la procédure s’avère biaisée.

Sur le plan des droits humains : Si des pressions ou des menaces ont été exercées pour étouffer des affaires de mœurs ou de harcèlement sexuel au sein du commandement, des organisations de défense des droits humains pourraient se saisir du dossier pour exiger une enquête indépendante.

Entre la version d’un Haut État-Major soucieux d’afficher sa rigueur morale et les accusations de corruption interne portées par les proches des sanctionnés, le doute s’installe. S’agit-il d’un assainissement nécessaire ou d’une opération de camouflage pour protéger de hauts gradés ?

Une chose est sûre : l’affaire ne fait que commencer. Un dossier à suivre de très près.

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