Haïti/Politique: L’ambassadeur du Canada brise l’omerta sur la « justice de façade »

‎Dans une sortie médiatique d’une virulence rare pour le milieu diplomatique, André François Giroux, ambassadeur du Canada en Haïti, a jeté un pavé dans la mare. Au micro d’AyiboPost, le diplomate a accusé frontalement l’élite politique et économique de maintenir volontairement le pays dans l’impunité pour protéger ses intérêts.

‎‎L’ambassadeur Giroux ne s’est pas contenté de généralités. Pour illustrer ce qu’il qualifie de manque de volonté réelle de rendre justice, il a brandi un bilan comptable accablant pour l’appareil judiciaire haïtien. Sur 166 rapports d’enquête produits par l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) et l’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF), seuls 4 ont abouti à des sanctions judiciaires.

‎‎Alors que certains secteurs tentent de discréditer ces institutions pour justifier l’inaction des tribunaux, le diplomate est catégorique : les rapports sont « solides » et ne souffrent d’aucun défaut technique. Pour lui, le blocage est ailleurs : il est politique.

‎Le point le plus incendiaire de son intervention concerne la collusion entre les puissants et les groupes armés. L’ambassadeur fustige une élite qui, loin d’être victime du chaos, l’instrumentaliserait.

Usage politique : Les gangs serviraient de bras armés pour verrouiller des territoires.

‎Usage commercial : L’insécurité serait utilisée pour étouffer la concurrence et maintenir des monopoles économiques.

‎Cette stratégie de « gestion du chaos » est jugée « extrêmement grave » par le représentant d’Ottawa, qui y voit la racine principale de l’effondrement de l’État de droit.

‎La fin de la « diplomatie du silence » ?Reconnu pour son franc-parler, André François Giroux semble signaler un changement de ton du Canada, et plus largement d’une partie de la communauté internationale. En désignant nommément « ceux qui détiennent le pouvoir » comme les principaux obstacles à la justice, il fragilise la légitimité des acteurs actuels de la transition.

‎« Personne parmi ceux qui détiennent le pouvoir en Haïti ne veut réellement de justice », a-t-il lâché, une phrase qui risque de résonner longtemps dans les couloirs du Palais national et des villas de Pétion-Ville.

‎‎Alors que la crise sécuritaire continue de broyer le quotidien des Haïtiens, cette sortie diplomatique met les autorités devant leurs responsabilités : soit engager des réformes réelles en s’appuyant sur les dossiers de l’ULCC, soit assumer, aux yeux du monde, leur complicité avec un système qui s’auto-alimente par le crime et l’impunité.

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