Haïti : Le BINUH, simple greffier de notre propre agonie ?

Alors que le dernier rapport de l’ONU recense plus de 8 100 meurtres en 2025, la population haïtienne assiste, impuissante, à une macabre comptabilité. Entre rapports trimestriels et notes de préoccupations, les Nations Unies semblent avoir troqué l’action pour la statistique.

​La scène est devenue un rituel bureaucratique d’un cynisme absolu. Tous les trois mois, le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) ajuste ses tableurs Excel. Le dernier chiffre est tombé comme un couperet le 15 janvier 2026 : 8 100 morts. Un nombre vertigineux qui, de l’aveu même de l’organisation, est inférieur à la réalité. Mais après les chiffres, que reste-t-il ?

​La « diplomatie du thermomètre »

​Depuis des années, l’ONU se comporte en Haïti comme un médecin qui se contenterait de lire la température d’un patient agonisant sans jamais administrer de remède. On nous parle de « zones d’accès limité », de « contrôle des gangs » et de « violations graves ». Mais pour le citoyen de Port-au-Prince ou de l’Artibonite, ces rapports ne sont que le linceul de papier d’une souveraineté perdue.

​Pendant que les experts onusiens peaufinent leur sémantique dans les bureaux sécurisés, les gangs, eux, ne font pas de rapports : ils progressent. Ils violent, ils tuent, et ils gouvernent.

​L’échec des missions par procuration

​Le passage de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) à une énième « Force de répression des gangs » fin 2025 n’a, pour l’instant, été qu’un jeu de chaises musicales diplomatiques. On change les acronymes, on renouvelle les mandats, mais le financement reste volatil et les bottes sur le terrain sont trop peu nombreuses pour inquiéter les seigneurs de guerre.

​L’ONU semble s’enfermer dans une posture confortable : celle du témoin oculaire. En se limitant à « conseiller » une police nationale exsangue et un gouvernement de transition aux abois, l’organisation internationale évite de se salir les mains, mais elle se rend complice de l’enlisement par son inaction stratégique.

​Sortir de la statistique pour entrer dans l’histoire

​Combien faudra-t-il de milliers de morts supplémentaires pour que le Conseil de sécurité comprenne que le temps de la « surveillance » est révolu ? Les Haïtiens n’ont pas besoin d’un énième bulletin de santé de leur propre enfer. Ils ont besoin d’une sécurisation réelle des axes routiers, du démantèlement effectif des réseaux de financement des gangs et d’un soutien qui ne s’arrête pas à la porte des hôtels de luxe de Pétion-Ville.

​Si le rôle des Nations Unies en 2026 se résume à compter les cadavres que les gangs laissent derrière eux, alors il est temps de se demander si cette présence n’est pas devenue, au fil des ans, une partie du problème plutôt que de la solution.

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