Décret électoral rectifié : Le coup de force d’un pouvoir de facto en quête de contrôle absolu.

Ce que beaucoup craignaient est désormais officiel. Sous couvert d’une simple « rectification technique », le gouvernement de facto vient de publier une version profondément remaniée du décret électoral. Derrière le jargon juridique et les prétextes de l’urgence transitionnelle se cache une réalité beaucoup plus cynique : une réécriture sur mesure des règles du jeu politique, pensée par le pouvoir, pour le pouvoir, et au bénéfice exclusif de ses proches.

En modifiant unilatéralement plusieurs articles clés de la charte électorale, l’exécutif ne se contente pas d’organiser les futures élections ; il en choisit d’avance les vainqueurs et élimine les gêneurs.

La stratégie est vieille comme le monde, mais elle est appliquée ici avec une audace déconcertante. Les modifications apportées par le gouvernement touchent au cœur même de l’équité démocratique.

L’élimination des critères d’incompatibilité : Plusieurs articles amendés suppriment discrètement les barrières qui empêchaient les membres du gouvernement actuel ou leurs alliés directs de se porter candidats sans transition. C’est le triomphe du conflit d’intérêts : on peut désormais être juge et partie, organiser le scrutin le matin et faire campagne l’après-midi.

Le contrôle de la machine électorale : La « rectification » redéfinit les pouvoirs de supervision, réduisant l’autonomie du Conseil électoral au profit d’un droit de regard direct du ministère de l’Intérieur et de l’exécutif. Autrement dit, le gouvernement s’octroie les clés de la salle de comptage.

« Ce n’est plus un décret électoral, c’est un plan de carrière pour l’équipe en place. On assiste à une légalisation de l’arbitraire. »
Un juriste et constitutionnaliste sous couvert d’anonymat.

Ce coup de force intervient dans un contexte où le pays réclame désespérément de la transparence et de l’apaisement. En agissant ainsi, le pouvoir de facto brise le fragile vernis de légitimité qui lui restait. Comment exiger de la population et de la classe politique qu’elles fassent confiance à un processus électoral dont les règles ont été truquées à la veille du coup d’envoi ?

Le gouvernement semble parier sur la lassitude de la population et la complicité passive de la communauté internationale. Mais jouer avec le droit de vote des citoyens est un jeu dangereux. En voulant tout contrôler — des candidatures aux résultats, en passant par le profil des observateurs —, l’exécutif prépare le terrain pour des contestations massives et une crise post-électorale encore plus violente que la crise actuelle.

L’histoire nous a appris que les régimes de facto qui cherchent à se perpétuer par des élections façonnées à leur main ne récoltent que le chaos ou l’isolement. Ce décret rectifié n’est pas un outil de transition vers la démocratie, c’est une arme de confiscation du pouvoir.

Si les forces vives de la nation, les organisations de défense des droits humains et les citoyens ne se lèvent pas pour dénoncer cette imposture, les prochaines élections ne seront qu’une coûteuse parodie. Le gouvernement de facto aura réussi son pari : tout changer pour que rien ne change, et s’assurer que le pouvoir reste entre les mains de la même oligarchie politique. Il est encore temps de dire non à cette chronique d’un hold-up électoral annoncé.

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