L’escalade de la violence armée atteint un seuil critique dans le département du Nord. Le mercredi 29 janvier, une attaque spectaculaire visant un véhicule de transport de passagers à Carrefour « Chen » a illustré l’audace grandissante des gangs, qui opèrent désormais aux portes de la Citadelle.
La peur a changé de camp dans le Nord. Autrefois considéré comme un havre de paix relatif par rapport à la zone métropolitaine de Port-au-Prince, le département fait face à une expansion inquiétante des foyers de criminalité. Mercredi, en plein milieu de journée, la zone de Robillard, située à proximité du Cap-Haïtien, a été le théâtre d’une scène de guerre qui aurait pu virer au carnage.
Un véhicule appartenant au groupe Deka, assurant le trajet entre Plaine-du-Nord et l’Acul-du-Nord, est tombé dans une embuscade tendue par des individus lourdement armés au niveau de Carrefour « Chen ». Les assaillants n’ont pas hésité à faire usage de leurs armes automatiques pour immobiliser le camion.
Selon les impacts constatés sur les lieux, le pare-brise avant a été la cible d’une dizaine de tirs directs. Une fois le véhicule immobilisé, les passagers, plongés dans la terreur, ont été systématiquement fouillés et dépouillés de tous leurs biens. Par un miracle que les témoins peinent à expliquer, aucun blessé n’est à déplorer parmi les occupants, malgré la violence de l’assaut.
Cette offensive n’est pas le fruit du hasard. Les noms de plusieurs chefs de gangs connus dans la région circulent avec insistance. Les assaillants seraient liés aux réseaux dirigés par des individus identifiés sous les noms de Alex et de Jhon Océant, plus connu sous le pseudonyme de **« Lonbwaj ».
Ces groupes armés imposent désormais leur loi sur un axe routier stratégique, à seulement quelques kilomètres de la Citadelle Laferrière, joyau du patrimoine national. Cette proximité avec des sites historiques et touristiques majeurs renforce l’inquiétude des observateurs sur la stratégie d’encerclement des pôles économiques du Nord par les bandes armées.
Face à cette « attaque de trop », le cri d’alarme de la population est unanime. Les habitants de Robillard et les usagers de la route nationale dénoncent l’impuissance, voire l’absence, des forces de l’ordre au moment des faits.
« À ce rythme, ce ne sont plus des incidents isolés, mais une véritable conquête territoriale », s’inquiète un habitant de la zone. Un appel pressant a été lancé à la Direction Départementale de la Police Nationale d’Haïti (PNH) pour qu’une intervention rapide et musclée soit menée afin de démanteler ces bases criminelles avant que le Nord ne devienne, à son tour, un territoire totalement « perdu ».
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